#Liberathon : l’art de l’écriture collaborative

Après cinq jours de #liberathon – un marathon d’écriture du livre -, le Labo de l’édition organisait, ce mercredi 30 octobre, une rencontre entre Elisa Castro de Guerra et Sébastien Hache autour de l’oeuvre commune #Sésamath, et Cécile Portier, auteure de fictions collaboratives en ligne.

L’objectif de cette soirée était de présenter trois expériences d’écriture collaborative: le libérathon, le projet Sésamath et les fictions collaboratives initiées par Cécile Portier, afin de construire une réflexion et d’ouvrir un débat sur l’écriture collaborative en ligne et autour des processus de co-création.

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A cette rencontre participaient :

Elisa Castro de Guerra, graphiste, auteure de plusieurs ouvrages sur Inkscape, enseignante à l’Université Rennes 2, à l’Université Catholique de l’Ouest et à la Faculté des Métiers, elle est également présidente de la plateforme de partage et de co-création plurilingue Floss Manuals. Lors de ce « booksprint »(une sorte de course de vitesse de l’écriture d’un livre), elle a joué un rôle de « facilitatrice », de coach. @elisayemanja.
Sébastien Hache, professeur de mathématiques, il est le fondateur de l’association Sésamath, et est à l’initiative du projet Mathenpoche notamment.
Cécile Portier, auteure de plusieurs ouvrages, elle écrit « numérique » depuis plusieurs années, sur son propre blog www.petiteracine.net, dans des revues littéraires en ligne (D’ici là, Contretemps, Remue.net, Ce qui secret, Bacchanales, Les cahiers du trait), pour des projets de livres numériques (sur publie.net) ou de sites web de fiction@petiteracine.

Sésamath, késako ?

Fondée en 2001, cette association d’enseignants bénévoles et salariés propose des manuels scolaires sous la forme de ressources numériques libres et collaboratives, écrits à plusieurs mains et à travers l’écho de plusieurs voix. Elle a pour objectif de mettre davantage de cohérence et de donner du sens aux pratiques déjà existantes d’échanges de ressources pédagogiques sur Internet entre professeurs de mathématiques. Sésamath a connu un rapide succès et s’est développée vers une forme de travail coopératif, qui s’appuie sur une demande latente des collègues.

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Quatre-vingts professeurs du secondaire ont travaillé bénévolement pour produire les manuels Sésamath destinés aux classes du collège. Téléchargeables gratuitement ici, ils sont aussi accessibles dans une version papier payante diffusée par un éditeur de produits éducatifs, Génération 5. Déjà plus de 100 000 exemplaires de niveau 3ème ont été vendus. Le projet appelle à une pédagogie en réseau de grande échelle.

Les genres de l’écriture collaborative

Ecrire à plusieurs voix relève d’un processus rédactionnel intense particulièrement orchestré. Le principe collaboratif proposé rappelle quelque peu celui utilisé dans le cadre de Museomix, un événement créé pour inventer de nouvelles manières de vivre le musée et pour appréhender le patrimoine avec des outils différents. Si l’on peut imaginer le « musée de demain », ce libérathon propose quant à lui de nous projeter en avant-première dans des modes de rédaction innovants  :

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Elisa Castro de Guerra rappelle d’emblée les différents formats de co-création qu’elle met en oeuvre avec l’association Floss Manuals. Des différences signifiantes, mais une volonté commune d’aller ensemble vers un « Web ouvert ».

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– Un « booksprint » : il s’agit d’une session d’écriture collaborative et intensive qui a pour objectif de faire naître un livre publiable. Le concept du « BookSprint » est un format innovant basé sur le Code Sprint, mais en mettant l’accent sur la production de documents au lieu de code. Un groupe d’auteurs, d’éditeurs, d’artistes, de formateurs se rassemblent autour d’un objectif défini, dans un temps limité, souvent dirigés par un facilitateur, gardien de la méthodologie et de l’organisation. Ce dernier doit synchroniser le travail de chacun, partager une vision de fond, s’accorder sur un style pour que l’ensemble soit homogène.

– Un libérathon : il s’agit de la contraction francisée du « booksprint ».

– Un tradusprint : c’est une rencontre physique de personnes qui ne se connaissaient pas forcément, qui ne se connaissaient que sous leurs pseudos en ligne. C’est donc d’abord un temps convivial, où l’on échange des propos par-dessus le travail en cours, suivant la disponibilité de chacun ou son libre désir de participer.
 
– Un traducthon : lorsque une traduction longue demande plusieurs jours et un travail de fond (il faut aussi prendre en compte un travail indispensable de révision post-traduction), il est assez cohérent de parler plutôt de traducthon.
– Un trad’Action : il s’agit de la traduction d’une documentation en petit comité, sur un temps bref. Pour être plus consensuel et « couvrir » tous les types de session, ce terme a été proposé à juste raison.
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Elisa Castro de Guerra ne manque pas de rappeler que les dix co-auteurs en présence ont des qualités rédactionnelles et des connaissances différentes sur le sujet : expert, intermédiaire, débutant. Ces niveaux d’approches différentes sont, d’après elle, très importants, voire primordiaux. Par exemple, un libérathon composé de huit personnes devra idéalement compter quatre experts, deux intermédiaires et deux débutants.
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La « facilitatrice » raconte, avec une note d’humour, l’anecdote de l’invention du concept « booksprint » sur la base d’un malentendu entre un Néo-zélandais et d’un Anglais qui devaient écrire un livre en cinq mois, mais avaient défini commis une erreur en déclarant le faire en « cinq jours ». Un quiproquo finalement pris au pied de la lettre et à l’origine d’une brillante idée.
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Travailler et penser ensemble

Avec l’émergence de ces formats d’événements, il y a rupture dans les processus d’écritures avec le numérique, un changement du rapport à l’espace de création et d’imagination, de temporalité, dans les manières de travailler (et de concevoir le travail sous ce mode d’organisation collectif) et du lien social humain. Plusieurs imaginaires et intelligences sont simultanément convoqués, et la productivité s’en trouve stimulée et accélérée :

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La collaboration crée une véritable émulation, chacun met un point d’honneur à faire au moins aussi bien si ce n’est mieux que ses confrères. Le plus intéressant étant qu’il ne s’agit plus d’un processus continu, puisque n’importe qui peut relire et/ou corriger n’importe quelle partie ou chapitre de la création en cours. Les livres s’en trouvent ainsi d’autant plus vivants. Participer à un #libérathon, c’est appréhender de près et de façon tangible la puissance du facteur collaboratif : de l’adolescent enthousiaste à l’orthographe incertaine au retraité venu donner son temps libre pour le livre, en passant par le développeur qui apporte une expertise technique, chacun peut donner et recevoir.

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Un #libérathon n’est pas seulement le déplacement physique de quelques personnes autour d’une écriture, car cela peut également être ramassé dans le temps mais élargi dans l’espace. Par exemple, une journée de « booksprint » à quarante personnes. ou dix soirs de « booksprint » en ligne par mois à des heures communes définies au préalable. Les communications instantanées permettent de travailler ensemble sur Floss Manuals pour collaborer autour d’un même livre et en même temps.

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Ces concentrations dans le temps (un week-end, trois ou quatre jours) et dans un espace de travail (une salle de cours de faculté équipée au minimum, un hall de la Cité des sciences, les locaux de Mozilla Europe, etc…) sont associées au défi de déterminer au moins un premier jet « à chaud ».

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Le support en question vient ainsi modifier le processus classique lecture / écritureSésamath montre clairement que nous sommes dans une phase de transition où la lecture linéaire n’est plus.

Placer les élèves au cœur du processus pédagogique

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Le projet Sésamath est né d’envies, de personnes, de besoins spécifiques, notamment celui d’ être encore plus en phase avec les élèves, réveiller leur intérêt pour les mathématiques en initiant et développant un goût du challenge et du défi.

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« C’est d’abord une narration de l’expérience que l’on a questionnée », explique Sébastien Hache, fondateur de SésamathIl ne manque pas de rappeler que ces cinq jours de #libérathon ont aussi et surtout été l’occasion de repenser le projet Sésamath, de l’interroger sous tous les angles et avec un recul critique, et de revenir à ses objectifs premiers de pédagogie :

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Ces manuels de mathématiques libres et coopératifs bousculent les schémas traditionnels de la diffusion du savoir au sein du corps enseignant et de l’édition scolaire. Sébastien Hache ne manque pas de rappeler qu’ils ne constituent pas un objet littéraire, mais s’inscrivent dans une vraie démarche pédagogique revendiquant des valeurs singulières.

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Quand la fiction des élèves devient leur réalité…

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En contrepoint de cette prise de parole sur le #libérathon, Cécile Portier présente ses projets et exprime un point de vue sur l’écriture collaborative littéraire.

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Ce qui est intéressant dans les trois exemples qu’évoque Cécile Portier, Traque TracesCompléments d’objets et A mains nues, c’est le fait de considérer la fabrique de fiction comme une expérience sociale interactive entre l’auteur et les élèves. Cependant, cela soulève d’autres questionnements : de part son interactivité, autrement dit son aspect collaboratif numérique, sommes-nous toujours dans le champs de la littérature ou, a contrario, cela vient-il appuyer la littérarité du texte ?

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Cécile Portier explique sur son site en quoi consiste « Traque traces », son système d’« écriture par les données » et souligne que « toute écriture est un pouvoir ».

Vers l’effacement de l’auteur ?

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Le travail d’écriture collaboratif nous a également conduit à nous interroger sur la place des co-auteurs dans le processus rédactionnel, sur leur mode de fonctionnement. Ces problématiques font écho au célèbre texte de Roland Barthes, « La mort de l’auteur », publié en 1968. Barthes institue l’effacement de l’auteur au profit de la dissémination des voix du texte. La mort de l’auteur représenterait l’acte permettant de rendre sa place au lecteur« Rendre sa place au lecteur », c’est permettre au texte de s’actualiser pleinement à chaque lecture.

Un modèle économique et un cadre juridique en construction

A la fin de la conférence, s’est posée la question de la définition du modèle économique qui y est rattaché et aux éventuels moyens d’appropriation de la méthode agile par l’industrie. Quelques pistes, mais les brèves réponses soulignent une piste qui demande à être pensée et développée.

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Elisa Castro de Guerra rappelle que Floss Manuals est fondé sur un modèle de gratuité. Les manuels sont accessibles gratuitement en ligne, aux formats html, pdf ou epub. Chacun peut participer, apporter à sa contribution en créant un compte et une zone de connexion.

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Sur le plan juridique, les textes sont réutilisables à volonté à condition de mentionner les auteurs (les droits d’auteurs sont maintenus) et sont publiés sous licence libre G.P.L.Creative Commons BY-SA et Art Libre. Ce livre peut être lu, copié et distribué librement sous les mêmes conditions.

Pour approfondir vos connaissances autour de cette thématique, nous vous invitons à visiter les liens suivants :

– Le site de Sesamath : www.sesamath.net
– Le site de la plateforme de partage et de co-création plurilingue Floss Manuals : http://fr.flossmanuals.net/
– Les projets d’écriture collaborative de Cécile Portier : petiteracine.net
– Un éditeur indépendant qui élabore des manuels scolaires collaboratifs aux formats numériques et papier : lelivrescolaire.fr
– Le compte-rendu d’un participant à un « booksprint » livre ses impressions et explique les objectifs : http://www.barreverte.fr/ecrire-un-livre-en-5-jours-definir-le-concept
A noter que la NaNoWriMo (National Novel Writing Month), le mois national d’écriture de roman qui se tient depuis 1999, se tient du 1er au 30 novembre 2013. Il s’agit d’un projet d’écriture créative dans lequel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots – soit l’équivalent de 175 pages – dans un délai d’un mois. http://nanowrimo.org/

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