Compte-rendu de la table ronde : la relation auteurs lecteurs à l’heure du numérique

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Modérée par Elizabeth Sutton, fondatrice d’IDBOOX et conseillère en édition numérique, la table ronde qui s’est tenue au Labo de l’édition le 24 novembre a réuni professionnels du secteur et nouveaux acteurs de l’édition numérique autour de la question des relations auteurs-lecteurs. Quatre intervenants ont pris la parole :

Florence Dell’Aiera, adjointe au directeur du développement numérique du Groupe Albin Michel

Nawal Stouli, booktubeuse fondatrice de Miss Book

Charlotte Allibert, co-fondatrice de Librinova, plateforme d’aide à l’autoédition

François Rochet, fondateur de Book Weather, guide communautaire de lecteurs sur mobile

La discussion s’ouvre sur une introduction d’Elizabeth Sutton qui retrace l’histoire de la recommandation, classiquement assurée par le bouche à oreille auquel s’ajoute à l’ère du numérique une myriade de fonctionnalités…

Algorithmes, réseaux sociaux, guides communautaires, plateformes d’écriture… De l’édition traditionnelle à la sphère des auteurs indépendants, ces nouveaux outils ont irradié le rapport au public. Bousculant profondément la chaîne du livre, ils ont instauré une proximité inédite entre auteurs et lecteurs, une nouvelle relation que l’on qualifie souvent de « privilégiée ». En effet, les auteurs fédèrent aujourd’hui des communautés de lecteurs on line, favorisant l’interaction directe et le sentiment d’intimité. Mais dans quelles mesures ces nouvelles possibilités facilitent-elles  la relation auteurs lecteurs ?

Charlotte Alibert note un enrichissement considérable des auteurs indépendants au contact des réseaux sociaux et autres plateformes communautaires : autrefois seuls face à leurs textes, les écrivains bénéficient aujourd’hui de « beta-lecteurs », leur travail est sujet à la critique constructive de leur groupe virtuel qui constitue lui-même un moyen de diffusion et l’accès à un lectorat potentiel.
Nawal Stouli corrobore ce discours en soulignant l’accessibilité permanente des auteurs qui serait d’après elle le meilleur moyen de fidéliser les lecteurs.

A titre d’exemple, Elizabeth Sutton évoque l’georgeécrivain belge George Simenon décédé en 1989 qui bénéficie d’une page Facebook gérée par son fils, anecdote illustrant la volonté de créer ou de recréer une proximité avec des lecteurs, et son efficacité : la vente des célèbres romans policiers a augmenté depuis cette inscription sur les réseaux sociaux.

Accorder du crédit aux lecteurs semble être le mot d’ordre partagé par tous les intervenants, y compris par Florence Dell’Aiera qui révèle la propension des maisons d’édition traditionnelles à rester cantonnées aux relations presse.

Booktube power

Emblématiques d’un nouveau droit à la parole, les booktubeurs ont envahi le web. La vocation originelle de Miss Book était de redonner goût à la lecture aux jeunes en s’appropriant les codes de youtube pour une critique littéraire vivante et scénarisée. Avec plus de 3000 followers sur leur chaîne, Nawal Stouli est ses collaboratrices sont devenues de véritables relais d’opinion. Il leur a fallu prendre conscience de leur responsabilité en termes de recommandation, souligne sa fondatrice.

Du lecteur au média, la frontière s’étiole alors sensiblement… Au risque de voir les bloggeurs littéraires et booktubeurs achetés par les maisons d’édition, à l’instar de leurs homologues dans la mode et les cosmétiques. Ces nouvelles dispositions posent naturellement des questions d’authenticité. Peut-on rester totalement indépendant lorsque l’on devient un relai promotionnel en puissance ? Méfiance, c’est la ligne de conduite que s’est fixée Miss Book après une expérience douteuse avec un éditeur.

Auteur ou community manager ?

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Authenticité et sincérité sont des questions qui reviennent également au sujet de l’auteur. Si les nouveaux lecteurs apprécient l’accessibilité et la familiarité permises par la présence web, que penser lorsque celle-ci est prise en charge par un community manager ? La relation auteur-lecteur n’est-elle pas finalement biaisée ?

A un certain degré de notoriété, un auteur finit presque par devenir une marque, note François Rochet. Aussi juste soit cette intervention, ce rapprochement est-il légitime ? Là est toute la question. A l’heure des réseaux sociaux, l’auteur doit-il être une figure ou une personne ? Le point fait débat…

Florence Dell’Aiera souligne finalement une différence générationnelle : si les auteurs et les lecteurs issus de la chaîne du livre traditionnelle ressentent peu le besoin d’interaction directe, les nouveaux acteurs comme les booktubeurs l’ont intégré à leur mode de fonctionnement. Ainsi, Charlotte Alibert préconise l’implication personnelle avant tout. S’inscrire sur les réseaux sociaux, c’est d’abord avoir l’envie de communiquer avec sa communauté. Il faut ensuite ménager un bon ratio entre flux d’informations et familiarité.

Je te like, moi non plus

L’action sur les réseaux sociaux nécessite également un savoir-faire et l’appropriation de certains codes, rappelle François Rochet. Vient alors la question fatidique du bashing : le web facilite la relation auteurs lecteurs, mais il est parfois véhicule d’interactions néfastes. Si la communication devient une affaire personnelle, comment faire face aux commentaires négatifs ?

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Les plateformes d’aide à l’autoédition comme Librinova existent pour pallier au déficit de gestion de ces retours négatifs. Charlotte Alibert souligne le caractère constructif de la critique, il faut savoir en tirer les enseignements nécessaires et s’en détacher. Pour Nawal Stouli, la peur de la mauvaise critique ne doit pas constituer un frein pour la présence web : la communauté online se pose justement comme soutien face à l’adversité. Une mauvaise critique mobilisera les fans, engagera la communauté et intéressera par conséquent de nouveaux lecteurs.

Le lecteur, un ambassadeur ?

Dompter cette relation inédite, c’est en somme prendre conscience du nouveau pouvoir du lecteur. Selon François Rochet, plus de la moitié des achats de livres sont effectués grâce à la recommandation sociale.

L’information n’échappe pas à Florence Dell’Aiera qui souligne son intérêt pour les éditeurs. Le web a repris les codes des cercles de lectures pour mettre en relation des lecteurs aux quatre coins du monde, note le fondateur de Book Weather.

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Nawal Stouli ajoute que cette nouvelle intimité horizontale replace la critique littéraire sous le signe de la démocratie.
On note par exemple des auteurs comme Marc Lévy qui à chaque sortie de livre organisent un petit déjeuner bloggeuses durant lequel ils semblent prendre du plaisir à s’impliquer dans leur communauté.

Enfin, Elizabeth Sutton conclut en s’arrêtant sur cette notion d’ambassadeur. Ce titre a un sens profond au cœur du nouvel écosystème de l’édition et parle à tous les intervenants : il semble en effey que le lecteur intègre la chaîne du livre, à la fois en tant que guide, critique, protecteur et représentant de l’auteur.

 

 

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