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#Bundle : les offres couplées papier-numérique, une bonne affaire ?

Le temps d’une conférence, l’Association des Professionnels de l’Edition (APE) et le Labo de l’édition proposaient, ce jeudi 21 novembre 2013, de décrypter les apprentissages issus du lancement des offres couplées livre papier / livre numérique, appelées « bundle ».

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Spécialistes du numérique, du droit de propriété intellectuelle ou professionnels de l’édition, l’objectif de cette soirée était de faire s’exprimer plusieurs voix autour du phénomène du bundle, afin de construire et d’ouvrir un débat sur les modalités d’application de ce modèle, et de mettre en perspective les éventuelles difficultés économiques et juridiques qu’il pose.

Les intervenants ont tenté de répondre à la problématique suivante : quel est l’intérêt de l’offre couplée pour les éditeurs, les libraires et les lecteurs ?

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A cette table-ronde participaient :

Florian Olivier-Koehret, le PDG de Paperus, un site  qui offre la possibilité d’accéder aux contenus de milliers d’offres couplées papier-ebook disponibles dans des librairies de quartier. Au cours de cette soirée, il expliquera le mode de fonctionnement et l’aspect technique de ce service en ligne.

Hervé Bienvault, consultant indépendant dans l’édition numérique, est également chargé de mission sur les questions du numérique au sein du Syndicat de la Librairie Française et auteur du blog Aldus sur l’actualité des livres numériques et, plus généralement, de la lecture numérique. Il représente la voix des librairies concernant la réception et l’intégration de cette nouvelle approche des bundles@hbienvault @Aldus2006

Isabelle Sivanavocate à la Cour, intervient principalement en droit de la propriété intellectuelle, droit de l’information et des nouvelles technologies. Elle reviendra sur les questions juridiques que soulèvent ces offres couplées, au regard notamment de leurs prix très attractifs.

Anne de Lilliac, responsable du développement numérique aux Editions Fleurus, est en charge de la numérisation et de la commercialisation des livres numériques des marques Fleurus, Mango, Rustica et Mame. Elle proposera un retour d’expérience sur la commercialisation d’une partie du catalogue Fleurus disponible en librairies physiques sous forme de bundles via les services de Paperus.

La conférence était modérée par Aurélia Cimelière et Isabelle Calvi de l’Association des Professionnels de l’Edition (APE).

Qu’est-ce que le bundle ?

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Le bundle – qui signifie littéralement « paquet » – est une offre commerciale dite « offre couplée » qui propose des lots de livres papiers (donc physiques) et de livres numériques. Le principe est le suivant : l’achat d’un livre au format papier donne accès à la version numérique correspondante. L’offre couplée papier/ numérique est souvent proposée à un tarif plus attractif que l’addition du prix du livre papier et du prix du livre numérique.

Etat des lieux d’un marché qui se cherche

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Anne de Lilliac commence par dresser un bilan de l’expérience numérique des éditions Fleurus qui disposent d’un département numérique depuis 2011. Sur une base de  5500 titres  papier actifs, quelques 1500 titres (très majoritairement illustrés) ont été numérisés et sont commercialisés sur toutes les plateformes de ventes numériques. L’approche stratégique de Fleurus sur le numérique se construit en partant de l’attente des consommateurs et en veillant à ce que le numérique soit complémentaire du papier et non pas concurrent.

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Ce sont ces deux principes qui ont incité Fleurus à expérimenter la vente d’offres couplées en librairies physiques. Même si les premiers chiffres de vente d’offres couplées sont timides, il y a une véritable volonté de créer de nouveaux usages et d’associer les libraires à cette démarche. La rencontre entre Fleurus et Paperus a été innovante et déterminante.

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Le constat de Fleurus était le suivant : les offres couplées, cette possibilité de vendre à la fois du livre numérique et du livre papier, permettaient d’intégrer les libraires physiques à la chaîne du livre numérique en leur donnant un avantage concurrentiel.

L’expérimentation a également été menée avec Eyrolles et certains ouvrages du catalogue Gallimard.

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Florian Olivier-Koehret explique le mécanisme de ces offres. Au moment de l’achat du livre papier, le libraire propose la version numérique pour quelques euros supplémentaires (suivant le titre). Sur le ticket de caisse est imprimé un code QR qui donne accès à la version numérique sur l’interface Paperus. Tous les formats sont disponibles en fonction de l’appareil de lecture du client, le libraire ne se préoccupe ni de l’interopérabilité, ni du téléchargement, ni même du service après vente, tous ces aspects sont pris en charge par la société Paperus.

Le projet de Paperus  de proposer aux éditeurs un outil simple d’utilisation et performant permettant de coupler une offre numérique à une offre papier est tout simplement né de l’expérience de lecture des dirigeants.

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Au total, il a fallu trois ans d’intégration dans le système d’informations des libraires pour faire connaître la première offre couplée en France. En pratique, un code à usage unique – un code QR– est imprimé sur le ticket de caisse du client lui permettant ainsi d’accéder à la version en ligne du livre choisi.

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Le souci de simplicité est omniprésent dans le fonctionnement du service proposé par Paperus. L’offre est proposée en caisse, le librairie procède exactement comme avec son système classique, à la différence près que le lecteur a la possibilité d’accéder à des contenus additionnels. Une solution simple, interactive et à coûts attractifs.

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La loi sur le prix unique du livre

Le modèle économique du bundle se complique sur le plan juridique. Pour l’achat de la version papier, la version numérique est proposée à un tarif attractif. Se pose alors la question de la loi sur le prix unique du livre. Sommes-nous ici dans un cas particulier toléré par la loi ?

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La loi Lang impose depuis le 10 août 1981 un prix unique du livre en France. Un livre neuf vendu en France doit avoir un prix unique fixé par l’éditeur (ou l’auteur autoédité), qui doit être imprimé sur la couverture du livre. Ce prix doit être respecté par tous les vendeurs détaillants (librairies, points de vente livres, sites Internet marchands) sur l’ensemble du territoire français.

Toutefois, le vendeur est autorisé à proposer une réduction allant jusqu’à 5% du livre du livre.

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La loi sur le prix du livre numérique, du 26 mai 2011 et le décret d’application du 10 novembre 2011 prévoient que l’éditeur est tenu de fixer le prix de tout type d’offres de livre numérique sachant qu ce prix s’impose aux personnes proposant ces offres aux acheteurs situés en France, qu’ils opèrent depuis la France ou depuis l’étranger.

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Isabelle Sivan revient sur la notion du livre numérique. Selon la loi sur le prix unique du livre numérique, un livre numérique est une œuvre de l’esprit commercialiése sous forme numérique et publiée sous forme imprimée ou qui est susceptible d’être imprimée à l’exception des éléments accessoires propres à l’édition numérique, à savoir les variations typographiques et de composition, les modalités d’accès aux illustrations et au texte telles que les moteurs de recherche, les modalités de défilement ou de feuilletage, mais aussi les sons, musiques, images animées ou fixes, dès lors qu’ils sont limités en nombre et en importance, complémentaires du livre et destinés à faciliter la compréhension du livre. « En somme, un livre enrichi, mais pas trop ». Tous les livres homothétiques et certains livres enrichis entrent dans le champ d’application du prix unique.

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Si l’offre couplée répond à une forte attente des lecteurs, elle n’est pas sans poser de difficultés, notamment juridiques. En définitive, la loi sur le prix du livre numérique n’envisage jamais le cas singulier du bundle.

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Selon la loi Lang et la loi sur le prix unique du livre numérique, dans le cas d’une offre couplée, le prix du livre papier et numérique devrait être égal au prix du livre papier + prix du livre numérique, dès lors que le livre numérique est vendu dans le commerce séparément du livre imprimé. Mais en pratique, cela se complique…

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Dans la majorité des cas, le prix du livre numérique est fixé en fonction du prix du livre papier. Comme le rappelle Anne de Lilliac, chez Fleurus, on ne peut vendre au même prix un livre numérique jeunesse dont l’équivalent papier est peu chère et une encyclopédie numérique dont l’équivalent papier vaut une cinquantaine d’euros. Elle rappelle que les premières expérimentations de la maison d’édition sur l’offre couplée ont été menées avant que la loi sur le prix unique du livre numérique ne soit promulguée. La réflexion sur l’offre couplée s’est ensuite appuyée sur l’interprétation proposée par le Syndicat National de l’Edition (SNE) sur la loi du prix unique qui évoque le cas d’une offre couplée.

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Selon ce document du SNE, la question de l’offre couplée papier + numérique, n’est pas complètement réglée. La loi du 26 mai 2011 prévoit des modalités ouvrant la porte à des variations du prix de vente des livres numériques : « Ce prix peut différer en fonction du contenu de l’offre et de ses modalités d’accès ou d’usage ».

Dans le cas d’une offre couplée, ne peut-on pas jouer sur la variable que la loi du 26 mai concède ? et considérer que la version papier est un mode d’accès à la version numérique différent, permettant alors à l’éditeur de proposer la version numérique à un tarif préférentiel ?

Si l’article 2 de la loi PULN permet cette modulation, rien dans la loi Lang de 1981 sur les livres papier n’introduit une telle opération.

Selon Anne de Lilliac, c’est dans cette modalité d’accès que réside à la fois la subtilité et la problématique des offres couplées.

Aucune jurisprudence n’est venue encore préciser l’interprétation que l’on devait faire de la loi. Les éditeurs ont confiance. En bonne intelligence, les institutions sauront sans doute rester à l’écoute des acteurs économiques du premier secteur culturel, tout en protégeant ceux qui en ont besoin.

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Le positionnement des libraires

Hervé Bienvault rappelle que le Syndicat de la Librairie Française compte aujourd’hui sur le territoire français plus de 700 librairies adhérentes. Il rappelle qu’Eyrolles, qui travaille aussi avec Paperus, proposait déjà depuis longtemps des cd-roms accompagnant ses livres papier.

Aujourd’hui, Eyrolles souhaite remplacer progressivement ces cd-roms par le numérique.

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On peut craindre que ces offres bundle ne soient pas réellement une réponse face aux acteurs dominants d’Internet qui pourront tout autant que les libraires indépendants vendre ces offres.

Le déploiement du modèle de l’offre couplée sur un marché plus vaste soulève des interrogations fondamentales sur la profession des libraires par rapport à des acteurs qui imposent un fort dumping. Le dumping désigne une pratique illégale qui consiste à vendre un produit à perte pour éliminer des concurrents financièrement plus faibles que soi.

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Après la problématique du dumping, un deuxième problème se pose : l’accès territorial aux offres bundle. En effet, ces offres couplées ne sont pas encore accessibles sur l’ensemble du territoire français.

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Les libraires n’évoluent pas tous au même rythme face au changement et à l’innovation. Au lieu d’être une force d’attraction, l’extension du modèle bundle à l’ensemble du territoire pourrait plutôt s’avérer discriminante et révélatrice d’inégalités d’adaptation des librairies à ces nouveaux usages.

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Florian Olivier-Koehret souligne cependant que Paperus met un grand soin à rendre sa solution exploitable dans n’importe quelle librairie en adaptant directement les logiciels de caisse utilisés par les libraires.

Entre passivité et réactivité, l’expérimentation d’un positionnement

Quel est le risque pour l’éditeur de rester passif face au développement et à l’expérimentation des offres couplées ? Qu’est-ce qui attire concrètement le lecteur-consommateur ?

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Les usages évoluent en permanence, les supports et logiciels de lecture se multiplient, les formats se développent et les offres promotionnelles croissent de manière exponentielle. Le marché du bundle reste en marge et en cours de structuration. Si les professionnels de l’édition n’évoluent pas avec ce marché, ils perdent alors la connaissance de leur public, de ses usages, de ses modes d’achat et de sa façon de lire.

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Les libraires doivent être intégrés à la chaîne du livre numérique, mais comment peuvent-ils partager au mieux cette valeur générée ?

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Avec le numérique, une grande quantité d’ouvrages créés à partir de contenus, de bases de données d’origines variées arrivent en masse, le risque est de ne plus du tout être visible.

Plus l’on arrive tôt sur un marché, plus l’on se positionne tôt, plus l’on évolue rapidement, surtout sur un marché où la visibilité (souvent basée sur des classements et des historiques de ventes) offre une prime non négligeable aux premiers entrants. Métadonnées, listes des meilleures ventes ou recommandations au lectorat sur des sites communautaires, les méthodes de classification des ebooks se développent de plus en plus.Il est important d’être présent sur ces nouveaux marchés pour apprendre à maîtriser leurs mécanismes.

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Lorsque l’on entre dans une librairie, le classement des livres est souvent clair et pertinent, mais comment rendre visibles des produits dématérialisés et incarner une offre bundle en magasin ? Il faut trouver une démarche stratégique pour matérialiser les offres en magasin afin d’installer des réflexes d’achat chez les clients et potentiels lecteurs.

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La vente d’un produit dématérialisé doit se faire de la même manière qu’un produit matérialisé et classique, le travail de commercialisation est le même. A la croisée du monde du numérique et du monde du livre, ce sont les valeurs de prescription et de conseil, cœur du métier de libraire, que le client recherche en premier. Une question se pose également quant à la gestion du remboursement d’un produit numérique.

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Répondre aux attentes des lecteurs passe par trois corps de métiers : les éditeurs qui offrent divers contenus, les libraires qui les prescrivent et les techniciens-ingénieurs qui gèrent l’aspect technique des offres couplées.

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Quelle valeur pour le livre numérique ?

Le débat autour des offres couplées papier-numérique met en question la valeur du livre.

Baisser le prix du livre numérique pour répondre à une demande du lecteur qui souvent ne comprend pas les prix pratiqués actuellement et pour augmenter les ventes ne serait-il pas une façon de dévaluer sa valeur aux yeux de ces mêmes lecteurs ? Pratiquer un prix très faiblement inférieur à celui de la version papier n’est-il pas le frein principal du décollage des ventes ?

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Les tentatives actives des éditeurs pour se positionner sur ce marché ont l’avantage de poser des questions auxquelles les éditeurs seront obligés de répondre s’ils ne veulent pas perdre du terrain dans la lute commerciale face aux géants d’Internet.

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Devant les défis que représentent ces nouveaux modes de lecture et l’émergence d’un nouveau marché dont les usages et les frontières sont en pleine structuration, il est clair que tous les acteurs de la chaîne du livre doivent travailler et dialoguer ensemble pour inventer des solutions viables où chacun trouve sa part.

C’était l’esprit de cette rencontre ce soir.

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Pour approfondir vos connaissances autour de cette thématique, nous vous invitons à visiter les liens suivants :

– Une synthèse sur les offres couplées papier/numérique : https://labodeledition.wordpress.com/2013/11/19/loffre-couplee-livre-papier-numerique-une-solution-pour-renforcer-les-ventes-de-livres-papier/

– Un dossier du Syndicat National de l’Edition (SNE) sur le prix unique du livre : http://www.sne.fr/dossiers-et-enjeux/prix-unique-du-livre.html

– Une interview de Florian Olivier-Koehret, fondateur de Paperus : http://www.belledemai.org/2012/11/tout-devient-possible-a-celui-qui-cultive-l%E2%80%99audace/

– Un article sur Paperus : http://billaut.typepad.com/jm/2013/04/connaissez-vous-florian-olivier-koehret-from-aix-en-provence-paperus-le-livre-hybride.html

–   L’exemple de BitLit, une application pour obtenir la version numérique à la suite de l’achat d’un livre papier. Il suffit d’inscrire son nom sur l’exemplaire papier, de le prendre en photo pour procéder à sa reconnaissance visuelle, puis de télécharger la version numérique selon le format disponible. L’application est en partenariat avec plusieurs maisons d’édition outre-manche, dont O’Reilly Media.

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Le co-publishing : entre édition et autoédition, une troisième voie ?

Qu’est-ce que le co-publishing ? 

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Depuis quelques temps, l’industrie de l’édition décide de capitaliser sur les bonnes pratiques de l’autoédition (ou auto-édition). Facilitée par la numérisation et de plus en plus répandue, elle consiste pour un auteur à prendre lui-même en charge l’édition de ses ouvrages, sans passer par l’intermédiaire d’une maison d’édition.

Grâce à des services d’impression ou de numérisation et diffusion en ligne, l’auteur peut produire un livre facilement et à moindre coût. De  nombreux sites proposent des services d’auto-publication, comme Lulu, une plateforme française « à l’américaine » de libre publication, d’impression et de vente de livres imprimés à la demande, ou encore Autres talents, un espace d’édition et d’impression en ligne, par exemple. Mais de grands acteurs du commerce électronique – le Kindle Direct Publishing (KDP) d’Amazon ou le Kobo Writing Life de la Fnac, par exemple – proposent également des services d’autoédition.

Partout dans le monde, de nombreux auteurs autoédités témoignent du succès de cette pratique :

  • Le français David Forrest, qui a vendu plus de 10 000 livres numériques auto-édités, a trouvé, avec la maison d’édition Meme Publishers, un accord d’édition et de traduction numérique à l’international en langues anglaise et italienne sur la nouvelle « Le Tunnel ».
  • L’américaine Amanda Hocking vend environ 100 000 exemplaires auto-édités par mois sur le Kindle Store (Amazon), variant en moyenne entre 0,99 et 3 $.
  • Kerry Wilkinson, un journaliste sportif britannique, est une des plus célèbres plumes autoédités du Royaume-Uni. En 2011, il annonçait avoir déjà vendu plus de 250 000 ebooks en six mois. Kerry Wilkinson a signé avec la maison d’édition Pan Macmillan.

Ces quelques exemples reflètent à juste titre l’intérêt grandissant des maisons d’édition traditionnelles à l’égard de ces pratiques d’autoédition de la part d’auteurs ayant atteint une forte notoriété via une autopromotion sur les réseaux sociaux.

Avant l’apparition des livres numériques, l’autoédition, qui pourrait englober l’édition traditionnelle et l’édition à compte d’auteur, avait une assez mauvaise réputation car elle était liée à un certain amateurisme. Le co-publishing, concept inventé par Marcello Vena, directeur du développement numérique chez RCS Libri, le co-publishing désigne un modèle économique qui repose sur une complémentarité entre le secteur traditionnel de l’édition et l’autoédition.

Un nouvel « objet-frontière » 

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La première expérimentation de co-publishing est l’opération You Crime, organisée sous forme d’un concours en juillet 2013 : des auteurs autoédités et de jeunes auteurs en devenir ont eu la possibilité d’être publiés en numérique par la maison d’édition Rizzoli. En contrepartie du travail d’édition, de production, de publication et de commercialisation des ebooks assurés par cette dernière, les auteurs sélectionnés ont été tenus d’assurer la promotion de leurs œuvres sur les plateformes d’autoédition et les réseaux sociaux. La démarche de You Crime  tient à une volonté d’optimiser les forces de l’édition traditionnelle et l’agilité de l’autoédition numérique.

Une démarche partagée 

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Si le concept du co-publishing est nouveau, cette démarche de co-promotion entre acteurs de l’édition et nouvelles plumes du numérique n’est pas nouvelle. De nombreux exemples, en France notamment, reprennent le même format et concept du concours de talents classiques et numériques :

  • Place des éditeurs (groupe Editis), en partenariat avec Kobo by Fnac dans le cadre de l’évènement Nos auteurs ont du talent, invitait les 200 000 lecteurs et passionnés de la Fnac à participer au concours se tenant du 15 juillet au 31 octobre 2013. Un concours traditionnel en somme, mais pas de livre papier ici, tout au format numérique.
  • Welovewords, une communauté d’auteurs-rédacteurs en ligne, qui peuvent proposer des publications lors d’opérations organisées par des éditeurs traditionnels : Harlequin HQN, Neowood Editions, Editions Intervalles, Edicool, etc.
  • Delitoon, le premier portail européen entièrement dédié à la bande dessinée digitale et un espace de repérage d’auteurs et lieu de découvertes pour les lecteurs.
  • Authonomy par Harper Collins, une plateforme communautaire d’auteurs qui met en relation lecteurs, auteurs et éditeurs.
  • Book Country par Penguin Random House, une communauté d’écrivains et plateforme de publication et de promotion en ligne.
  • Douban Read, une plateforme chinoise collaborative et conviviale, lancée en mai 2012 par Douban Book. Les lecteurs ont été invités, au cours de l’été 2013, à participer à un projet collaboratif pour traduire les histoires du romancier David Mitchell.
  • eYeka, une plateforme de rencontres entre créateurs et marques et de co-création, qui propose de générer de la promotion et de toucher le public le plus large possible via les réseaux sociaux.

Le co-publishing : une alternative économique viable ? 

Comment appliquer ce business model de co-publishing à différents genres et domaines littéraires ? Quelles sont les conséquences sur la littérature, sur la culture, sur la pratique même de l’écriture? La niche semble pourtant prometteuse : ce n’est pas un hasard si un des best-sellers de ces dernières années en Allemagne est un livre de cuisine, intitulé Vegan cooking. Autoédité chez l’allemand Books on Demand (BoD), leader européen de ce créneau, l’œuvre a été téléchargé près de 20 000 fois pour chacun de ses quatre volumes depuis 2009, puis vendu à 100 000 exemplaires par l’éditeur traditionnel BJVV.

Ce nouveau chemin éditorial à multiples facettes et ressources s’impose dans l’écosystème du livre, se traçant à mi-chemin entre acteurs traditionnels et autoédition numérique. A l’heure où les acteurs du numérique semblent causer préjudice aux éditions traditionnelles qui avaient jusque-là le monopole pour la « captation de talents », le co-publishing se propose comme une alternative bien pensée.

Pour aller plus loin…

Sur le co-publishing :

Now here is an expriment that looks like it worked and is worthy of replication, The Idea Logical Company, 31/10/2013

Co-publishing : the third way between traditional publishing and self publishing ?, Future Book, 21/10/2013

Book Country : developing authors and audiences, Forbes, 28/07/2013

Penguin’s Book Country to relaunch, The Bookseller, 23/07/2013

Concours d’écriture : Nos lecteurs ont du talent, Actualitté, 16/07/2013

Quelques plateformes de publication en ligne :

http://www.imprimermonlivre.com/

http://www.auto-edition.pro/

http://www.laboiteamots.eu/

http://www.jepublie.com/

http://autres-talents.fr/

A propos de l’autoédition :

L’auto édition : la fin du tabou, Le Huffington Post, 15/11/2013

Quand l’auto-édition bouscule l’édition traditionnelle, Le Figaro, 11/10/2013

Quand s’auto-éditer est plus intéressant qu’une offre d’Amazon Publishing, L’Express, 08/08/2013

La tendance croissante de l’auto-édition, Economie-numerique.net, 10/05/2013

Why self-publishing is no longer a vanity project, The Guardian, 26/08/2012

Kobo Writing Life : la plateforme d’auto-édition s’ouvre au public, Cnet France, 17/07/2012

L’auto-édition fait ses comptes, Blue Moon, 11/06/2012

How freemium self-published fiction is taking over China, Publishing Perspectives, 01/11/2011

Quelques réflexions sur l’auto-édition, Edicool, 17/06/2011

Au programme du Labo de l’édition :

Mardi 10 décembre 2013 (conférence en anglais)

– 19h : Présentation de Marcello Vena, directeur du développement numérique chez RCS Libri, un des plus grands groupes d’édition européens, basé à Milan, dont font partie les maisons d’éditions Rizzoli, Bimpiani et Fabbri Editori

– 19h30 : Echange avec Jean Arcache, Président-Directeur Général de Place des Editeurs

– 20h : Cocktail

L’offre couplée livre papier / numérique : une solution pour renforcer les ventes de livres papier ?

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Qu’est-ce qu’un « bundle »

Le bundle – qui signifie littéralement « paquet » – est une offre commerciale dite « offre couplée » qui propose des lots de livres papiers (donc physiques) et de livres numériques, ou bien des lots exclusivement numériques. Le principe est le suivant : l’achat d’un livre au format papier donne l’accès à la version numérique correspondante à un tarif très attractif. Plusieurs formats numériques sont proposés : PDF, ePub, html, ascm, lit, kepub, azw, tpz, mobi, lrx, etc. Plus besoin d’opérer un choix entre l’un ou l’autre des formats : l’achat d’une œuvre imprimé donne de plein droit accès à la version numérique de l’œuvre.

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Sommes-nous prêts à tourner la page ? 

Numilog, ePagine, Tea, Chapitre, LesLibraires.fr,… D’après le Syndicat de la Librairie Française, en France, plus de 200 librairies indépendantes – sur 25 000 points de vente en France – ont déjà une offre numérique dans leur catalogue. Mais le renouveau porte dans une nouvelle innovation : lorsque le libraire vend un livre papier, le consommateur reçoit un code de téléchargement qui va lui permettre de télécharger le livre numérique du même titre. La réussite de ce modèle d’application du bundle s’avère probante, permet de revaloriser l’offre numérique grâce à des prix attractifs. Leur intérêt intellectuel et commercial semble évident, comme le démontrent les quelques exemples suivants :

A l’étranger :

  • Lorsque l’éditeur américain Angry Robot a lancé en 2012 son offre couplée Clonefiles, une solution valorisant les librairies indépendantes, les ventes ont triplé.
  • Matchbook d’Amazon offre au lecteur – sur plus de 10 000 ouvrages – la possibilité d’obtenir la version numérique d’un livre acheté pour un coût se situant entre 0,99 et 2,99 $, voire gratuitement parfois. Amazon vient d’ailleurs de lancer une offre papier + numérique « All Access » pour les magazines, en test pour l’instant avec l’éditeur Condé Nast (qui propose entre autres les magazines Vogue, Glamour, Vanity Fair ou encore WIRED).
  • Story Bundle regroupe dans un « bundle » cinq titres auto-publiés aux formats mobi et ePub, les lecteurs achètent au prix qu’ils estiment juste le lot en question, avec un minimum de 1$. Lorsque le lecteur décide de donner plus de 7 $ pour ce pack de livres, il reçoit deux livres en bonus.
  • L’éditeur Macmillan a également tenté l’expérience des livres numériques en bundle en proposant des lots de deux ou trois ouvrages du même auteur pour un prix allant de 13,99 $ à 15,99 $.
  • BitLit est une application et plateforme canadienne qui propose aux lecteurs qui se sont procurés la version papier d’un livre d’obtenir – grâce à une reconnaissance photographique de la couverture du livre – un lien vers la version numérique.

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 En France :

  • Le site Paperus s’associe à des éditeurs indépendants et permets aux librairies indépendantes de mettre en place un système s’accès à la version numérique en passant par leur logiciel de caisse pour 1 € de plus. Gallimard, Fleurus et Eyrolles ont déjà signé et le catalogue du logiciel dénombre déjà plus de 150 titres. D’ici la fin de l’année en cours,  le catalogue devrait compter près de 5000 sont prévus pour fin 2013. Un « ++ Paperus », c’est un livre imprimé plus sa version numérique dématérialisée plus des objets numériques complémentaires : une version annotable, des vidéos, des web applications, des liens hypertextes. Les éditions Eyrolles proposent d’ores-et-déjà près de 1300 offres couplées papier/numérique sur leur site, dans un format PDF et ePub.
  • On se souvient des éditions Dialogues de Charles Kermarec qui proposaient un QR Code à la fin de chaque livre permettant d’accéder à sa version numérique.
  • La plus chaîne américaine de librairies, Barnes & Nobles, offrait dès 2010 la possibilité d’acheter une version papier mêlée à une version numérique sur son catalogue.
  • Les éditions ENI proposent des bundles sur une gamme de livres de formations et supports de cours de e-learning, avec la possibilité pour le lecteur de créer des notes et signets personnels.
  • Le livrescolaire.fr, un éditeur indépendant qui élabore des manuels scolaires collaboratifs, aux formats numériques et papier, proposent aux collèges de pouvoir bénéficier de 16 manuels dans une offre couplée, dans laquelle le livre papier est moins cher (5 à 12  € au lieu de 20 € précédemment), et où il est possible de télécharger pour 1,50 € par élève la version numérique, utilisable sur tablette.
  • Publie.papier, suite logique de la coopérative Publie.net (partenaire de Hachette Livre), offre à la fin de chaque livre un code permettant de télécharger la version numérique de l’ouvrage sur le site, selon une procédure très simple.

Le bundle, une bonne affaire ? 

Quel modèle économique convient-il de choisir pour le bundle ? Y voit-on une bonne occasion ou une perte d’argent ? Est-ce une voie intéressante pour les éditeurs afin de promouvoir leurs livres numériques et de recruter de nouveaux lecteurs ? Est-ce possible pour les librairies d’offrir, sur le plan logistique, le même type de service aux lecteurs ?

La vente couplée semble une manière intelligente de s’adapter au numérique et d’en faire simplement une raison de plus d’acheter un livre. Du point des usages, le concept est intéressant : par exemple, un proche du client pourrait profiter de cette version numérique lors de l’achat du livre papier. Peut-être même qu’il pourrait découvrir par lui-même ce qu’est un livre numérique grâce à cette approche. Amazon passe des partenariats avec de nombreux auteurs, et semble convaincre avec un modèle économique qui permet d’obtenir de nouveaux revenus qu’il n’aurait pas autrement, puisque peu d’utilisateurs sont prêts à payer deux fois pour le même ouvrage.

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Malgré une demande de plus en plus nombreuse du côté des lecteurs, les difficultés économiques et juridiques sont bien présentes. Au cours du mois de septembre, le député de Lozère Pierre Morel-A-L’Huissier a d’ailleurs sollicité le ministère de la Culture dans un communiqué qui laisse sous-entendre que toute offre couplée serait illégale.

En France, il n’y a pas de Kindle Matchbook, car le modèle rentre a priori en conflit avec la loi sur le prix unique du livre numérique. Celle-ci permet aux éditeurs de fixer un prix de vente des livres papier, détermine un prix fixe sur les ebooks et interdit de faire la moindre remise. Pour lire en version numérique l’ouvrage acheté en papier, il faudrait donc payer le prix fort, que l’on ait ou non déjà acheté la version papier. Seul un assouplissement de la loi permettrait de profiter de ce type d’offre. Les éditeurs, qui ont apprécié cette protection au début, risquent ainsi de passer à côté de revenus supplémentaires à l’ère du numérique en s’adaptant à ces nouveaux modèles économiques.

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Dans ce cas de figure, où est-ce que Fleurus – parmi tant d’autres – a donc mis les pieds ? Est-ce une contradiction directe avec la future loi – qui n’est pour l’heure pas encore mise en application, aussi l’éditeur est-il tranquille – ou une démonstration des limites commerciales qu’elle impose ? Qu’en sera-t-il lorsque la loi sera mise en place : la vente couplée sera-t-elle interdite par les décrets ?

Pour aller plus loin…

Sur l’offre couplée papier/numérique :

A quand une véritable offre papier + numérique pour les ebooks ?, Cnet France, 19/06/2013

La question du mois : pourquoi ne peut-on pas vendre des versions couplées papier et numérique de tous les livres ?, Lettres Numériques, 10/06/2013

L’Humble eBook Bunble : réinventer la promotion du livre numérique, Le Monde du Livre, 13/01/2013

Bundle de lecture papier et ebook : sommes-nous prêts ?Actualitté, 07/02/2012

Quelques exemples de bundles :

Kindle Matchbook : lancement officiel du nouveau service Amazon, Cnet France, 30/10/2013

Offre couplée livre papier et ebook chez Eyrolles, Gallimard et Fleurus, Actualitté, 21/03/2013

Vendre son pack d’ebooks avec Ganxy, pour décrocher le gros lot, Actualitté, 13/12/2012

Clonefiles à la rescousse de la librairie indépendante, Actualitté, 10/08/2012

Publie.papier : et les livres de Publie.net se firent chair, Actualitte, 27/06/2012

Amazon m’a tuer, Libération, 13/09/2011

Barnes & Noble to Test Bundling e-Books, p-Books, Publishers Weekly, 04/03/2010

Pragprog : The Pragmatic Bookshelf, une maison d’édition spécialisée en développement informatique, sans DRM.

A Book Apart, éditeur de court ouvrages sur le web design.

StoryBundle, maison d’édition indépendante qui propose la vente d’œuvres groupées au tarif choisi par l’internaute.

HumbleBundle est un service d’offres couplées qui réunit les jeux de stratégie de Sid Meier et s’engage à reverser une partie du prix fixé par l’internaute à des associations caritatives.

Aerbook permet de télécharger et mettre en vente ses livres en édition numérique et papier sur les réseaux sociaux. L’achat est encouragé par une visualisation du livre, qui peut être mis en vente sous différents formats, avec ou sans DRM.

Sur Paperus :

Paperus : offre couplée (papier et numérique), Aldus, 21/03/2013

Sur BitLit :

Twitter interview with Peter Hudson of BitLit, FutureBook, 11/05/2013

Sur le plan juridique :

La vente couplée papier et numérique illégale selon le droit français, Actualitté, 26/09/2013

Kindle Matchbook, une copie numérique de vos livres papier pour moins de 3 euros, Cnet France, 05/09/2013

Sur le modèle économique :

Education numérique : un modèle économique pour baisser le prix des ebooks, Idboox, 14/06/2013

Au programme du Labo de l’édition :

Jeudi 21 novembre, à 18 h 30 : table-ronde autour des offres couplées papier / numérique (entrée libre)

Avec :

–          Florian Olivier-Koehret – PDG de Paperus

–          Hervé Bienvault – Chargé de mission aux questions numériques, Syndicat de la Librairie Française

–          Isabelle Sivan – avocate à la Cour, spécialiste de propriété intellectuelle

–          Anne de Lilliac – développement numérique aux éditions Fleurus

Modéré par : Aurélia Cimelière et Isabelle Calvi – Association des professionnels de l’édition (APE)

#Liberathon : l’art de l’écriture collaborative

Après cinq jours de #liberathon – un marathon d’écriture du livre -, le Labo de l’édition organisait, ce mercredi 30 octobre, une rencontre entre Elisa Castro de Guerra et Sébastien Hache autour de l’oeuvre commune #Sésamath, et Cécile Portier, auteure de fictions collaboratives en ligne.

L’objectif de cette soirée était de présenter trois expériences d’écriture collaborative: le libérathon, le projet Sésamath et les fictions collaboratives initiées par Cécile Portier, afin de construire une réflexion et d’ouvrir un débat sur l’écriture collaborative en ligne et autour des processus de co-création.

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A cette rencontre participaient :

Elisa Castro de Guerra, graphiste, auteure de plusieurs ouvrages sur Inkscape, enseignante à l’Université Rennes 2, à l’Université Catholique de l’Ouest et à la Faculté des Métiers, elle est également présidente de la plateforme de partage et de co-création plurilingue Floss Manuals. Lors de ce « booksprint »(une sorte de course de vitesse de l’écriture d’un livre), elle a joué un rôle de « facilitatrice », de coach. @elisayemanja.
Sébastien Hache, professeur de mathématiques, il est le fondateur de l’association Sésamath, et est à l’initiative du projet Mathenpoche notamment.
Cécile Portier, auteure de plusieurs ouvrages, elle écrit « numérique » depuis plusieurs années, sur son propre blog www.petiteracine.net, dans des revues littéraires en ligne (D’ici là, Contretemps, Remue.net, Ce qui secret, Bacchanales, Les cahiers du trait), pour des projets de livres numériques (sur publie.net) ou de sites web de fiction@petiteracine.

Sésamath, késako ?

Fondée en 2001, cette association d’enseignants bénévoles et salariés propose des manuels scolaires sous la forme de ressources numériques libres et collaboratives, écrits à plusieurs mains et à travers l’écho de plusieurs voix. Elle a pour objectif de mettre davantage de cohérence et de donner du sens aux pratiques déjà existantes d’échanges de ressources pédagogiques sur Internet entre professeurs de mathématiques. Sésamath a connu un rapide succès et s’est développée vers une forme de travail coopératif, qui s’appuie sur une demande latente des collègues.

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Quatre-vingts professeurs du secondaire ont travaillé bénévolement pour produire les manuels Sésamath destinés aux classes du collège. Téléchargeables gratuitement ici, ils sont aussi accessibles dans une version papier payante diffusée par un éditeur de produits éducatifs, Génération 5. Déjà plus de 100 000 exemplaires de niveau 3ème ont été vendus. Le projet appelle à une pédagogie en réseau de grande échelle.

Les genres de l’écriture collaborative

Ecrire à plusieurs voix relève d’un processus rédactionnel intense particulièrement orchestré. Le principe collaboratif proposé rappelle quelque peu celui utilisé dans le cadre de Museomix, un événement créé pour inventer de nouvelles manières de vivre le musée et pour appréhender le patrimoine avec des outils différents. Si l’on peut imaginer le « musée de demain », ce libérathon propose quant à lui de nous projeter en avant-première dans des modes de rédaction innovants  :

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Elisa Castro de Guerra rappelle d’emblée les différents formats de co-création qu’elle met en oeuvre avec l’association Floss Manuals. Des différences signifiantes, mais une volonté commune d’aller ensemble vers un « Web ouvert ».

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– Un « booksprint » : il s’agit d’une session d’écriture collaborative et intensive qui a pour objectif de faire naître un livre publiable. Le concept du « BookSprint » est un format innovant basé sur le Code Sprint, mais en mettant l’accent sur la production de documents au lieu de code. Un groupe d’auteurs, d’éditeurs, d’artistes, de formateurs se rassemblent autour d’un objectif défini, dans un temps limité, souvent dirigés par un facilitateur, gardien de la méthodologie et de l’organisation. Ce dernier doit synchroniser le travail de chacun, partager une vision de fond, s’accorder sur un style pour que l’ensemble soit homogène.

– Un libérathon : il s’agit de la contraction francisée du « booksprint ».

– Un tradusprint : c’est une rencontre physique de personnes qui ne se connaissaient pas forcément, qui ne se connaissaient que sous leurs pseudos en ligne. C’est donc d’abord un temps convivial, où l’on échange des propos par-dessus le travail en cours, suivant la disponibilité de chacun ou son libre désir de participer.
 
– Un traducthon : lorsque une traduction longue demande plusieurs jours et un travail de fond (il faut aussi prendre en compte un travail indispensable de révision post-traduction), il est assez cohérent de parler plutôt de traducthon.
– Un trad’Action : il s’agit de la traduction d’une documentation en petit comité, sur un temps bref. Pour être plus consensuel et « couvrir » tous les types de session, ce terme a été proposé à juste raison.
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Elisa Castro de Guerra ne manque pas de rappeler que les dix co-auteurs en présence ont des qualités rédactionnelles et des connaissances différentes sur le sujet : expert, intermédiaire, débutant. Ces niveaux d’approches différentes sont, d’après elle, très importants, voire primordiaux. Par exemple, un libérathon composé de huit personnes devra idéalement compter quatre experts, deux intermédiaires et deux débutants.
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La « facilitatrice » raconte, avec une note d’humour, l’anecdote de l’invention du concept « booksprint » sur la base d’un malentendu entre un Néo-zélandais et d’un Anglais qui devaient écrire un livre en cinq mois, mais avaient défini commis une erreur en déclarant le faire en « cinq jours ». Un quiproquo finalement pris au pied de la lettre et à l’origine d’une brillante idée.
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Travailler et penser ensemble

Avec l’émergence de ces formats d’événements, il y a rupture dans les processus d’écritures avec le numérique, un changement du rapport à l’espace de création et d’imagination, de temporalité, dans les manières de travailler (et de concevoir le travail sous ce mode d’organisation collectif) et du lien social humain. Plusieurs imaginaires et intelligences sont simultanément convoqués, et la productivité s’en trouve stimulée et accélérée :

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La collaboration crée une véritable émulation, chacun met un point d’honneur à faire au moins aussi bien si ce n’est mieux que ses confrères. Le plus intéressant étant qu’il ne s’agit plus d’un processus continu, puisque n’importe qui peut relire et/ou corriger n’importe quelle partie ou chapitre de la création en cours. Les livres s’en trouvent ainsi d’autant plus vivants. Participer à un #libérathon, c’est appréhender de près et de façon tangible la puissance du facteur collaboratif : de l’adolescent enthousiaste à l’orthographe incertaine au retraité venu donner son temps libre pour le livre, en passant par le développeur qui apporte une expertise technique, chacun peut donner et recevoir.

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Un #libérathon n’est pas seulement le déplacement physique de quelques personnes autour d’une écriture, car cela peut également être ramassé dans le temps mais élargi dans l’espace. Par exemple, une journée de « booksprint » à quarante personnes. ou dix soirs de « booksprint » en ligne par mois à des heures communes définies au préalable. Les communications instantanées permettent de travailler ensemble sur Floss Manuals pour collaborer autour d’un même livre et en même temps.

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Ces concentrations dans le temps (un week-end, trois ou quatre jours) et dans un espace de travail (une salle de cours de faculté équipée au minimum, un hall de la Cité des sciences, les locaux de Mozilla Europe, etc…) sont associées au défi de déterminer au moins un premier jet « à chaud ».

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Le support en question vient ainsi modifier le processus classique lecture / écritureSésamath montre clairement que nous sommes dans une phase de transition où la lecture linéaire n’est plus.

Placer les élèves au cœur du processus pédagogique

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Le projet Sésamath est né d’envies, de personnes, de besoins spécifiques, notamment celui d’ être encore plus en phase avec les élèves, réveiller leur intérêt pour les mathématiques en initiant et développant un goût du challenge et du défi.

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« C’est d’abord une narration de l’expérience que l’on a questionnée », explique Sébastien Hache, fondateur de SésamathIl ne manque pas de rappeler que ces cinq jours de #libérathon ont aussi et surtout été l’occasion de repenser le projet Sésamath, de l’interroger sous tous les angles et avec un recul critique, et de revenir à ses objectifs premiers de pédagogie :

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Ces manuels de mathématiques libres et coopératifs bousculent les schémas traditionnels de la diffusion du savoir au sein du corps enseignant et de l’édition scolaire. Sébastien Hache ne manque pas de rappeler qu’ils ne constituent pas un objet littéraire, mais s’inscrivent dans une vraie démarche pédagogique revendiquant des valeurs singulières.

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Quand la fiction des élèves devient leur réalité…

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En contrepoint de cette prise de parole sur le #libérathon, Cécile Portier présente ses projets et exprime un point de vue sur l’écriture collaborative littéraire.

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Ce qui est intéressant dans les trois exemples qu’évoque Cécile Portier, Traque TracesCompléments d’objets et A mains nues, c’est le fait de considérer la fabrique de fiction comme une expérience sociale interactive entre l’auteur et les élèves. Cependant, cela soulève d’autres questionnements : de part son interactivité, autrement dit son aspect collaboratif numérique, sommes-nous toujours dans le champs de la littérature ou, a contrario, cela vient-il appuyer la littérarité du texte ?

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Cécile Portier explique sur son site en quoi consiste « Traque traces », son système d’« écriture par les données » et souligne que « toute écriture est un pouvoir ».

Vers l’effacement de l’auteur ?

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Le travail d’écriture collaboratif nous a également conduit à nous interroger sur la place des co-auteurs dans le processus rédactionnel, sur leur mode de fonctionnement. Ces problématiques font écho au célèbre texte de Roland Barthes, « La mort de l’auteur », publié en 1968. Barthes institue l’effacement de l’auteur au profit de la dissémination des voix du texte. La mort de l’auteur représenterait l’acte permettant de rendre sa place au lecteur« Rendre sa place au lecteur », c’est permettre au texte de s’actualiser pleinement à chaque lecture.

Un modèle économique et un cadre juridique en construction

A la fin de la conférence, s’est posée la question de la définition du modèle économique qui y est rattaché et aux éventuels moyens d’appropriation de la méthode agile par l’industrie. Quelques pistes, mais les brèves réponses soulignent une piste qui demande à être pensée et développée.

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Elisa Castro de Guerra rappelle que Floss Manuals est fondé sur un modèle de gratuité. Les manuels sont accessibles gratuitement en ligne, aux formats html, pdf ou epub. Chacun peut participer, apporter à sa contribution en créant un compte et une zone de connexion.

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Sur le plan juridique, les textes sont réutilisables à volonté à condition de mentionner les auteurs (les droits d’auteurs sont maintenus) et sont publiés sous licence libre G.P.L.Creative Commons BY-SA et Art Libre. Ce livre peut être lu, copié et distribué librement sous les mêmes conditions.

Pour approfondir vos connaissances autour de cette thématique, nous vous invitons à visiter les liens suivants :

– Le site de Sesamath : www.sesamath.net
– Le site de la plateforme de partage et de co-création plurilingue Floss Manuals : http://fr.flossmanuals.net/
– Les projets d’écriture collaborative de Cécile Portier : petiteracine.net
– Un éditeur indépendant qui élabore des manuels scolaires collaboratifs aux formats numériques et papier : lelivrescolaire.fr
– Le compte-rendu d’un participant à un « booksprint » livre ses impressions et explique les objectifs : http://www.barreverte.fr/ecrire-un-livre-en-5-jours-definir-le-concept
A noter que la NaNoWriMo (National Novel Writing Month), le mois national d’écriture de roman qui se tient depuis 1999, se tient du 1er au 30 novembre 2013. Il s’agit d’un projet d’écriture créative dans lequel chaque participant tente d’écrire un roman de 50 000 mots – soit l’équivalent de 175 pages – dans un délai d’un mois. http://nanowrimo.org/

L’écriture agile : état de l’art des dispositifs d’écriture collaborative en ligne

Du 26 au 30 octobre, le Labo de l’Edition accueille un « libérathon » – une contraction francisée du « BookSprint » issue du latin liber et de « marathon » – de dix participants encadrés par Elisa Godoy de Castro Guerra, présidente de Floss Manuals« Nous avons choisi les rédacteurs, qu’ils soient intermédiaires ou débutants, selon plusieurs critères, nous confie-t-elle. A savoir : leur disponibilité, leur volontariat, leur expertise, et leurs compétences en pédagogie, en collaboration et en écriture rapide »L’événement est soutenu par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) : « Ils nous soutiennent régulièrement sur des actions très ponctuelles depuis la création de notre association », précise Elisa.

Leur mission : rédiger et mettre en forme et en ligne un livre consacré au projet Sésamath, une association de professeurs de mathématiques qui créent des ressources libres et gratuites pour l’enseignement. Cinq jours d’intense collaboration à l’issue desquels l’ouvrage sera publié sous format ePub sous licence Creative Commons sur la plateforme de co-création et publication Floss Manuals.

Qu’est-ce qu’un « BookSprint » ?

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Il s’agit d’une session d’écriture collaborative et intensive qui a pour objectif de faire naître un livre publiable. Le concept du « BookSprint » est un format innovant basé sur le Code Sprints, mais en mettant l’accent sur la production de documents au lieu de code. Un groupe d’auteurs, d’éditeurs, d’artistes, de formateurs se rassemblent autour d’un objectif défini, dans un temps limité, souvent dirigés par un coach ou un facilitateur. Ce dernier doit synchroniser le travail de chacun, partager une vision de fond, s’accorder sur un style pour que l’ensemble soit homogène.

A nous, la liberté !

Floss Manuals est une association et un éditeur indépendant qui publie des livres sous licences libres sur le logiciel libre, la culture libre et le matériel libre et ouvert en favorisant la création et la traduction de livres collaboratifs. S’appuyant sur des auteurs, éditeurs, artistes, développeurs de logiciels et activistes, ces livres sont consultables librement en différents formats : pages web, pdf et ePub. La plate-forme de Floss Manuals, surnommée « booki », permet une collaboration fluide avec des auteurs locaux et distants.

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Un business model singulier

L’association n’a pas de revenus fixes, ni de salariés, mais des coûts fixes d’hébergement du serveur et d’impression des livres. A chaque projet de libérathon, Floss Manuals cherche des subventions pour rémunérer ses rédacteurs selon la durée de l’expérience. Leur concept est simple : le développement agile.

LA philosophie agile, késako ?

  • L’adaptation prime sur la prédiction.
  • La collaboration prime sur la documentation.
  • Le feedback continu prime sur les bilans périodiques.
  • La généralisation prime sur la spécialisation.

Il s’agit d’une méthode d’ingénierie utilisée pour développer des produits (matériel informatique, logiciels ou services) de manière itérative, incrémentale et avec souplesse afin de prendre en compte les réactions des clients. Cette méthode s’appuie sur un principe particulier : les besoins du client et les spécificités du produit final ne peuvent pas être intégralement définis au préalable.

L’ère de l’effervescence collaborative

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Une  collaboration intelligente, puisque le contenu proposé par les neuf rédacteurs à l’issue de ces cinq jours pourra être constamment mise à jour dès sa mise en ligne. Cette aventure collective n’est pas un cas isolé dans la vague actuelle d’évènements de co-création qui ont déjà adopté l’usage de dispositifs d’écriture collaborative en ligne.

Quelques exemples de plateformes et logiciels de collaboration en ligne :

  • Framapad, un éditeur de textes collaboratifs en ligne qui met à disposition un « pad »framapad.org
  • Webook, une communauté virtuelle qui fait émerger de nouveaux talents – www.webook.com
  • Gobby, une interface d’édition collaborative et libre – gobby.0x539.de/trac
  • MoonEdit, un éditeur de textes collaboratifs et une plate-forme de partage en temps réel – moonedit.com
  • CoEdit, un outil collaboratif d’édition et de codage en ligne – coedit.me
  • Open Atrium, une plate-forme communautaire en ligne – openatrium.com
  • Rypple, une plate-forme de cloud computing utilisée dans le social managementwork.com, etc.

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Ces différentes pratiques, souvent issues de la culture des hackers, s‘illustrent dans divers domaines et se réalisent à travers de nombreux évènements :

1) Les « hackatons » (de « hack » et « marathon ») : les développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative sur plusieurs jours. Exemple : le Hackaton Dataculture, dédié à l’usage des données publiques culturelles numériques, est organisé par le ministère de la Culture et de la Communication du 25 au 27 octobre 2013 – hackdataculture.eventbrite.fr

2) La rédaction collective d’ouvrages scientifiques. Exemple : Les THATCamp – The Humanities and Technology Camp – sont des rencontres-ateliers qui, en s’alignant sur la méthode et l’esprit du « BookSprint », permettent aux acteurs de la recherche en sciences humaines et sociales utilisant les technologies numériques de partager informations, idées, solutions et savoir-faire autour de leurs pratiques – tcp.hypotheses.org

3) La création collective de littérature numérique. Exemple : Le projet « vases communicants » à l’initiative  de Tiers Livre (http://www.tierslivre.net) et de Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr) où le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre. Cette circulation horizontale permet de produire des liens autrement –www.facebook.com/groups/104893605886

Vers une culture « lean » de l’édition ?    

Avec cette expérience de libérathon, nous pouvons donc nous interroger sur la manière dont les professionnels du livre peuvent s’inspirer de cette méthode d’écriture agile. Le paradoxe est là : parvenir à réunir un groupe d’individus sur quelques jours, c’est-à-dire consolider un lien social, à travers une expérience réelle, physique et éphémère, visant à produire un produit fini et éternel grâce aux technologies numériques innovantes. Reste à voir si la « culture lean » est facilement applicable à tous les modes d’écriture et de pensée.

A vos marques, prêts,… libérathonez !

Pour aller plus loin…

Sur le « BookSprint » :

www.sesamath.net / lelivrescolaire.fr / www.barreverte.fr/ecrire-un-livre-en-5-jours-definir-le-concept / base.d-p-h.info/fr/fiches/dph/fiche-dph-8220.html / leanovation.org/2012/12/07/rupture-douce-le-livre-de-nos-histoires-agile-de-lannee

Sur la création littéraire collaborative :

paragraphe.info / petiteracine.net / studio-alterego.blogspot.fr / www.utc.fr/~bouchard/assun

Sur les modèles économiques pour l’écriture collaborative et la « culture lean » :

agilemanifesto.org/iso/fr / leanovation.org

Au programme du Labo de l’Edition :

Du 26 au 30 octobre 2013 : 5 jours de sprint d’écriture

Mercredi 30 octobre 2013, à 18 heures : présentation et discussion autour du libérathon, (ouvert à tous).

#Binôme auteur-codeur : édition et open data

A l’occasion d’une conférence jeudi 3 octobre 2013, le Labo de l’édition organisait une rencontre entre deux professionnels en collaboration, l’ auteur Olivier Boudot, et le codeur, Sylvie Tissot, réunis autour d’une oeuvre commune : #VuDuRERC.

Pour écouter la conférence, c’est par ici.

Open data, késako ?

Une donnée est un fait brut qui n’a pas encore été interprété. Par exemple, si en consultant un thermomètre, j’y lis « 19°c« , il s’agit bien d’une donnée. Si je dis qu’il fait « plutôt doux pour la saison », il s’agit là d’une information. L’open data ne s’intéresse qu’aux données brutes. Les acteurs publics et privés manipulent un grand nombre de données et d’informations qu’ils mettent parfois en ligne. Mais les données brutes ne sont pas toutes ouvertes, c’est pourquoi il convient d’observer la manière dont on peut les réutiliser et les exploiter.

En somme, pour qu’une donnée soit « ouverte », celle-ci doit répondre à trois grands critères :

– Techniques : les données brutes doivent être exploitables de manière automatique et mises à disposition dans des formats les plus ouvertes possibles et non propriétaires (par exemple : on privilégie le format « .csv » à « .xls » d’Excel) ;

– Juridiques : les licences doivent clarifier les droits et les obligations des détenteurs et des réutilisateurs de données, elles doivent être les plus ouvertes possibles (par exemple : obligation d’attribution ou de partage à l’identique) ;

 Economiques : peu ou pas de redevances tarifaires (susceptibles de constituer des freins à la réutilisation), tarification maximale au coût marginal, etc.

Une oeuvre, double autorité : deux vies valent mieux qu’une

Ce travail de co-création s’établit depuis le travail de la matière première (textes, images) avec l’auteur jusqu’à sa mise en forme en passant par l’étude de sa réception par les publics. L’exemple de travail entre l’auteur Olivier Boudot et la codeuse (développeuse, ou programmeuse) Sylvie Tissot n’est pas un cas isolé. Depuis quelques années, de nombreuses collaborations, soutenues par le Centre National du Livre (CNL), émergent dans le secteur de l’édition : auteurs et développeurs, éditeurs et start-ups, etc. L’intérêt de #VuDuRERc réside dans le croisement de plusieurs langages et regards : celui du codeur, de l’auteur, du photographe, du géographe, de l’historien, du designer, etc. Au fond, il n’existe pas vraiment de « duo » au sens où chacun aurait un rôle, un statut et un mode de pensée strictement définis dans la conception de l’oeuvre.

Après la rencontre du 15 janvier 2013 entre Flore Roumens et François Bon, pionniers de l’édition numérique, place à un nouveau binôme et à un nouveau débat au Labo de l’Edition. Ce nouveau binôme avait pour ambition d’explorer la fusion des compétences entre un auteur et un codeur informatique autour d’une même oeuvre, et de mettre en évidence la complémentarité de leurs regards, de leurs pratiques, et de leur valorisation des contenus.

Le binôme était composé de :

Olivier Boudot, écrivain, éditeur, historien et mémorialiste, est le fondateur de « Mémoires d’Hommes, Histoires d’Entreprises » en 1997. Il revendique une démarche originale à la croisée des chemins de l’histoire économique, de la communication et de la littérature. Chaque ouvrage papier publié est l’occasion de parcourir un univers spécifique, de réfléchir sur la mutation économique et la transformation du paysage industriel, de dessiner une cartographie de la transformation des territoires industriels et de ressusciter les liens entre passé et présent. Depuis 2009 sont nés les Guides Marsilo – Paris-Lyon, Vu du Train et Vu du RER C -, des guides de découverte patrimoniale et culturelle des territoires, interprétés à travers leurs histoires, leurs paysages et le regard de leurs habitants.
 
Sylvie Tissot, chercheuse en informatique et fondatrice de la société Anabole qui est à l’origine de la conception de l’application #VuduRERc qui complète l’ouvrage papier du même nom d’Olivier Boudot publié en juillet 2012 aux éditions OLIMAR. L’application, désignée par Nodesign, propose de superposer deux visions des territoires traversés par le RER C : un regard ancré dans le présent et une vision passée. @SylvieTissot
La modération était assurée par Camille Pène du Labo de l’édition@fluxcamille

« Si t’es pas auteur t’es pas codeur » ?

Cette formule radicale est tiré d’un billet de Thierry Crouzet sur son blog. Il est notamment l’auteur de L’édition interdite et publie ses textes en numérique depuis 1996. L’expression, à l’image du débat auteur-codeur, souligne clairement le rôle prépondérant de la compétence informatique dans l’édition de livre à l’heure où le livre numérique se développe et les formats se complexifient.
Cela ne signifie pas pour autant que l’auteur qui ne maîtrise pas le code n’est pas un artiste, mais que le « codeur » est également auteur et artiste. La formule met en relief l’évolution du rôle de l’artiste et de l’auteur avec le développement des technologies numériques. Aujourd’hui, être auteur ou artiste appelle à être producteur à travers une relation de coproduction.

#VuDuRERc,une démarche de co-création

Avec plus de 500 000 voyageurs quotidiens sur sa ligne, le RER C est au croisement d’une co-production entre un ouvrage papier et une application iPhone. Le guide dépeint la richesse des 84 gares desservies sur la ligne qui traverse sept départements. Une page par desserte, avec des photos de vues observées à travers les vitres, des idées de sorties, de visites ou de balades, tel est le concept de #VuDuRERc.

L’application est enrichie de trois strates de données distinctes mais complémentaires : les données ouvertes, les contenus vidéos payants, et les données produites par les utilisateurs (autrement dit, les « données sociales »). Ces trois types de données ont un seul et même objectif : transformer le transport en commun des usagers en un voyage et en une expérience de création littéraire personnalisés.

Le paysage comme outil de navigation dans l’ouvrage

Le projet allie rencontres humaines et rencontres avec les territoires à travers cette bande de paysages qui prend forme et vie. L’application est conçue comme «le regard numérique du guide, souligne Sylvie Tissot. Le point d’entrée est le paysage, l’exploration du territoire à partir du paysage, la manière dont il est configuré et habité par les gens ».

Utiliser les données de mobilité comme matière première, voilà la genèse du prototype. L’open data des territoires oriente ainsi les réutilisateurs vers des services utiles au quotidien – dont un service d’horaires en temps réel que nous évoquerons plus bas.

Ces différents niveaux de lecture du territoire et ces diverses strates de données, ont conduit à la construction et à la mise en forme de données factuelles, interactives et synthétiques.

Hiérarchiser, sélectionner, filtrer : la technique au service de…

Le travail de sélection et de tri des flux de données en open data laissées à disposition a été conséquent, mais la volonté de garder une ligne éditoriale forte a été préservée tout au long de ce projet. Le rôle des graphistes et designers dans l’application s’est également posée dans le public présent : ils ont su hiérarchiser, mettre au point la bande de paysages comme fil conducteur du propos éditorial, et séparer la contribution de chacun par rapport au point de vue éditorial de départ. La difficulté étant de trouver des flux d’open data suffisamment riches et de ne pas noyer l’utilisateur dans l’information, dans une forme d’« infobésité » à laquelle il est quotidiennement confronté.

Une vision patrimoniale entre passé et présent

Le travail de cartographie est remarquable. Sylvie Tissot a exprimé durant la conférence sa volonté de « passer par les traces, par les gens et par les territoires tout en restant dans une forme de vision patrimoniale ».

A partir d’un large spectre de données (témoignages, archives de l’INA et de la médiathèque SNCF, anciennes cartes postales, etc.), l’application VuDuRERc révèle le passé de l’Ile-de-France. Une navigation inédite est proposée grâce à une bande de plusieurs centaines de photos prises du train et couvrant tout le parcours. 75 pages extraites du guide, 45 films, une centaine de cartes postales, une vingtaine d’événements Futur En Seine, une cinquantaine de contributions, voilà ce que représente le prototype #VuDuRERc.

Les filtres colorés – comme le montre la capture d’écran ci-dessous, permettent de visionner les contenus papiers, les archives vidéos, les cartes postales, les gares, etc. L’icône  « Editer MonGuide » renvoie à une fonctionnalité personnalisée : l’usager de l’application peut délimiter grâce à l’application ce qu’il souhaite obtenir au format papier et choisir un livre personnalisé à l’achat. Ou comment le numérique permet un retour intelligent et intelligible au support papier : en plaçant son utilisateur au coeur du dispositif. #Printisnotdead

L’ouverture des données par SNCF et l’INA

Entre qualité et quantité, le plus compliqué a été de contextualiser les données « brutifiées » par la SNCF. Les « données ouvertes » ne nous racontent pas tout, ce sont leur visualisation et leur réutilisation qui leur attribuent un sens et une ligne directrice. La donnée « brute » n’existe pas : avant de les transmettre pour la création de l’application, la SNCF s’était chargée de faire son propre tri, en interne.

Du bon usage des données sociales et des réseaux sociaux

En intégrant et en associant des réseaux sociaux dans l’application, Sylvie Tissot a opté pour l’intégration et la participation des utilisateurs voyageurs.

L’application se veut surtout collaborative : chaque passager et internaute fait émerger le voyage à travers l’usage des réseaux sociaux.

Derrière la dimension passée et le travail d’archives, l’ancrage dans le temps présent est incarné par l’intégration d’une messagerie instantanée et des informations horaires en temps réel sur l’ensemble de la ligne via l’open data de SNCF. Une application Facebook permet également aux internautes de poster en direct diverses contributions. Les actualités liées aux événements le long de la ligne sont également disponibles. Les tweets géolocalisés des internautes apportent une dimension poétique et onirique de la navigation à travers les paysages.

Edition et open data : un cadre économique et juridique complexe

#VuduRERc  est né en juillet 2012, à l’occasion de l’appel à projets de Futur En Seine. Cette opportunité collait parfaitement aux ambitions du duo. Le prototype a coûté 60 000 euros, dont 45% ont été financés par la Région Île-de-France. Le projet a appelé un partenariat des deux collaborateurs avec l’INA, la SNCF et l’agence nodesign.

Derrière les contraintes techniques et économiques, Sylvie Tissot ne manque pas d’évoquer le cadre juridique inhérent à l’exploitation à la réutilisation de ces données ouvertes. La récente ouverture en France des données publiques ne permet pas encore au grand public de s’en emparer et d’en mesurer les enjeux sur le plan social, politique et culturel. Ces données sont donc ouvertes, certes, mais bien souvent muettes.

La mise en oeuvre complexe de ces données pourrait être simplifiée. Le cadre juridique est établi pour la majorité des données publiques, mais les types de licences et de contrats se multiplient. Le statut des données issues d’organismes parapublics reste à préciser. L’interopérabilité technique et juridique est cruciale : il convient de clarifier les formats et les licences acceptables dans une optique d’encouragement à l’ouverture et à la réutilisation. La gratuité pour la réutilisation des données à titre commercial favorise l’innovation et les nouveaux usages.

Dans le rapport « Pour une politique ambitieuse des données publiques », les auteurs proposent trois axes stratégiques pour favoriser la réutilisation des données publiques :
– Simplifier pour accélérer : réduire les  efforts nécessaires d’une part à la diffusion des données par les acteurs publics, et d’autre part à leur réutilisation, afin d’accélérer le développement de services utiles à partir des données publiques.
– Faciliter l’expérimentation : adapter les conditions de réutilisation des données publiques pour faciliter l’expérimentation par les citoyens, les associations et la communauté des développeurs et des entrepreneurs.
– Favoriser l’émergence d’un écosystème : favoriser l’émergence d’un écosystème de producteurs et de réutilisateurs de données publiques en France, autour du portail data.gouv.fr.

Données sociales ou données vidéos ?

Par « données sociales », on entend les différentes activités qui intègrent la technologie, l’interaction sociale, et la création de contenu. Les médias sociaux utilisent l’intelligence collective dans un esprit de collaboration en ligne. Par le biais de ces moyens de communication sociale, des individus ou des groupes d’individus qui collaborent, créent ensemble du contenu Web, organisent le contenu, l’indexent, le modifient ou font des commentaires, le combinent avec des créations personnelles. Les données sociales utilisent beaucoup de techniques, telles que les flux RSS et autres flux de syndication Web, les blogues, les wikis, le partage de photos (Flickr), le vidéo-partage (YouTube), des podcasts, les réseaux sociaux, le bookmarking collaboratif, les mashups, les mondes virtuels, les microblogues, etc.

Les données vidéos, quant à elles, comme les archives de l’INA  par exemple, relèvent d’un travail minutieux d’archivage patrimonial et de stockage au nom d’une mémoire collective. Elle permet un retour thématique, spatiale ou datée sur les événements passés. Ces bases de données multimédia (texte, image, son, vidéo) posent encore certains problèmes, notamment au vu de la complexité de l’indexation et des recherches basées sur le contenu, à cause notamment de formats numérique très sollicités mais non conçus à des fins d’indexation. Dans la perspective d’une collaboration avec les technologies, ces bases de données ont pour mission de conserver et valoriser le patrimoine, et de transmettre et d’innover à l’échelle locale, nationale, voire internationale.

Et après #VuDuRERc, quelle suite pour open data et mobilité ?

Une version Androïd est en cours de développement. Le modèle économique qui consisterait à s’appuyer sur les points d’intérêts des collectivités est en cours d’élaboration. L’idéal pour le prochain projet de ce binôme encore au stade expérimental serait un financement par les collectivités.

Le transport semble une cible en vogue que l’édition pourrait davantage explorer et s’approprier. Les données du transport, et plus globalement de la mobilité sont diverses et variées : données brutes / données enrichies, données historiques / données prédictives, données statiques (en stock) (ex :cartes postales, vidéos, etc.) / données dynamiques (en flux) (ex : horaires de trains, flux Twitter, etc.), données de description / données d’exploitation ou de commercialisation, etc.

Dans une optique de mobilité au sens large, il faut aussi prendre en compte un grand nombre de modes : piéton, vélo, automobile, train, voies fluviales, car, tramways, etc. … Les données de mobilité sont produites / collectées / gérées par un très grand nombre d’acteurs aux statuts juridiques et aux stratégies parfois incompatibles. Les données concernées sont donc potentiellement nombreuses, mais très divers dans leurs statuts juridiques, leurs valeurs identifiées, réalisées ou perçues. Quelle priorité d’ouverture convient-il d’apporter à ces données ? Quels critères prendre en compte ? Au-delà de #VuduRERc, le débat ne se limite pas au domaine des transports publics.

#VuduRERc, ou l’exemple parfait montre que le livre peut être aisément actualisé par un contenu dynamique et innovant, à la croisée de l’open data et des données sociales. Edition & open data sont en bonne voie.

Pour approfondir ce débat autour de l’opendata au service de la mobilité, nous vous invitons à consulter le portail OpenData de la SNCF : http://test.data-sncf.com/.