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#Crowdfunding : comment financer son projet éditorial ?

Les binômes du Labo de l’Edition se penchent ce jeudi 23 janvier 2014 sur l’alliance entre édition et plateformes de crowdfunding. Le mouvement du « financement participatif », depuis cinq ans en France, permet de créer de nouvelles opportunités pour le secteur de l’édition traditionnelle et numérique, en facilitant la réalisation de projets créatifs.

La table-ronde réunit un acteur du crowdfunding, Alexandre Boucherot, fondateur du leader européen du crowdfunding, Ulule ; et deux porteurs de projets éditoriaux, Marc Frachet, auteur du projet transmedia Incarnatis et David Meulemans, fondateur de la maison d’édition Aux Forges de Vulcain et créateur du projet d’édition française de la bande-dessinée Das Kampf.

labo de l'edition-crowdfundingL’expérience des trois intervenants autour du crowdfunding appliqué à l’édition permet de nourrir le débat sur les enjeux de cette nouvelle pratique, mais aussi de partager leurs apprentissages sur la bonne conduite d’une campagne de financement participatif.

Le crowdfunding, qu’est-ce que c’est ?

Outils numériques d’aide à la création, les sites de crowdfunding s’inspirent du modèle traditionnel de la collecte de fonds, ou la mise en commun d’une multitude d’apports financiers individuels à la réalisation d’un projet.

En proposant une mise en forme claire du message et en s’appuyant sur les ressources du web communautaire, des plateformes comme Ulule ou KissKissBankBank deviennent depuis quelques années en France les principaux intermédiaires entre le public et les individus « porteurs de projets ». Créatifs, mais aussi humanitaires et entrepreneuriaux, les projets proposés sur ces sites ont tous en commun d’être dépendants du soutien des cercles relationnels (plus ou moins proches) de ceux qui les lancent. Les micro-financements de la communauté ne sont pas rétribués par un retour financier sur investissement, mais par une contrepartie, variant de la dédicace aux goodies (affiches, cartes, tee-shirts, etc.) selon le projet.

Labo de l'édition crowdfunding contrepartiesLe crowdfunding appliqué à l’édition

Très médiatisé pour son impact sur la création musicale et cinématographique, le crowdfunding gagne du terrain en édition, à travers les revues et la bande-dessinée notamment. Ainsi, La Revue Dessinée, mêlant bande dessinée et actualités, a collecté plus de 36 000 euros grâce à plus de 700 soutiens lors de sa campagne sur Ulule. Si les deux genres, ainsi que celui des beaux-livres, sont particulièrement appréciés des plateformes, c’est pour leur caractère visuel fort. Pour autant, la littérature n’est pas en reste sur les jeunes plateformes de crowdfunding dédiées aux projets éditoriaux, telles que Unbound en Angleterre, Pubslush aux Etats-Unis, 100 Fans en Allemagne ou encore Bibliocratie en France et Sandawe (pour la BD) en Belgique.

Sur Ulule, Alexandre Boucherot nous présente le projet Katarakt !, un album de bande dessinée fantastique réalisé par une association nantaise. En cinq jours, le projet a recueilli les 5 500 euros nécessaires à l’impression, et continue sa campagne pour la préparation d’un deuxième album.

labo de l'édition crowdfunding kataraktL’édition sur Ulule représente environ 300 projets en 2013 et 700 000 euros collectés, avec un taux de réussite de 65%. Ces succès dessinent le futur de l’édition financée par le crowdfunding, où les rôles traditionnels d’auteurs, éditeurs et lecteurs sont à repenser.

Redéfinition des rôles : éditeur, auteur, plateforme de crowdfunding

Le système du crowdfunding induit des transformations fonctionnelles dans le secteur du livre, qui peuvent conduire l’éditeur à aménager sa ligne éditoriale en tenant compte du rôle prescripteur du lecteur, et pousser l’auteur à assurer lui-même le travail communicationnel autour de son œuvre.

Labo de l'édition crowdfunding éditeurs            Le rôle de la plateforme, nous l’explique Alexandre Boucherot, est d’accompagner les maisons d’édition ou les auteurs dans la mise en place du projet. « Intermédiaire agnostique », Ulule se perçoit comme un laboratoire de projets originaux, donnant une chance aux œuvres qui ne bénéficient pas d’un accès aux structures traditionnelles (des projets de niches, des formats innovants). Le site fait connaître les projets à leurs publics, mais ne joue pas le rôle d’éditeur. C’est aux projets d’évoluer de manière autonome et de trouver leur communauté. De la même manière, le porteur du projet conserve la propriété intellectuelle de son œuvre, c’est à lui de déterminer les contreparties qui convaincront ses soutiens.

Le statut particulier des plateformes de crowdfunding est au cœur des préoccupations du ministère de l’Innovation et de l’Economie Numérique, comme l’exprimait Fleur Pellerin lors des Assises du financement participatif le 30 septembre 2013. Des mesures d’assouplissement du cadre légal encadrant les prêts aux particuliers doivent être prises courant 2014.

            Au-delà d’une réflexion sur les enjeux du crowdfunding, l’objectif de cette rencontre est aussi de bénéficier des expériences positives de Marc Frachet et David Meulemans. A partir des présentations et de l’analyse de ces deux campagnes de crowdfunding, le Labo de l’édition vous propose un guide des bonnes pratiques pour le financement participatif d’un projet d’édition.

Le guide du Labo pour financer un projet d’édition grâce au crowdfunding

  • Avant le lancement de la campagne…

Connaître son public

Un projet crowdfunding n’existe que par son audience, sa capacité à fédérer une communauté autour de lui. Il s’agit donc de définir dans le même temps le sujet et le public à toucher. Pour cela, les sites de crowdfunding proposent d’avoir recours à la théorie des trois cercles de sociabilité.

Labo de l'édition trois cerclesLe premier cercle, celui de vos proches, est le premier à être mobilisé sur un projet crowdfunding. Pour David Meulemans, la première difficulté a été d’attirer son premier cercle, le lectorat fidèle de la maison Aux Forges de Vulcain, vers le projet de bande-dessiné underground publié aux États-Unis en 1963. Nouveau genre à son catalogue, habituellement constitué de romans et essais, la bande-dessinée n’a pas su trouver son public parmi les lecteurs fidèles de la maison. L’éditeur déconseille donc d’opter pour le financement participatif lors de la publication d’une œuvre d’un genre nouveau à son catalogue, au risque de ne pas toucher son premier cercle. Cette première audience se charge de communiquer le projet au deuxième cercle, les amis d’amis, facilement touchés sur les réseaux sociaux. Si la viralité du projet grandit, on peut espérer atteindre le troisième cercle, de parfaits inconnus qu’une bonne communication peut mobiliser.

les-trois-cercles-financement-communautaire-crowdfunding-2Il n’existe volontairement pas de typologie des « ululeurs », mais ceux-ci forment un public curieux et attentif qui peut rejoindre votre cause (le meilleur souscripteur sur Ulule a financé plus de 160 projets !). Alexandre Boucherot insiste sur la capacité du projet à produire de l’information vers un public de plus en plus large à travers un processus naturel d’amplification. Chaque projet possède un momentum.

Définir ses objectifs : budget, deadline, contreparties

L’intervention de Marc Frachet, auteur du récit transmedia Incarnatis, met en évidence l’importance du travail préparatoire pour mener une bonne campagne de crowdfunding. Avant tout, déterminer le budget et la deadline. Les deux projets présentés ont été en campagne pendant deux mois, pour un budget d’environ 5000 à 6000 euros, permettant de couvrir les frais d’impression et de port (pour les contreparties), ainsi que la commission du site (8% pour Ulule). C’est la transparence qui prime.

En tant qu’éditeur, une campagne de crowdfunding doit être clairement explicitée : si elle permet de découvrir l’appétence du public pour une œuvre originale, elle ne peut pas servir uniquement de source de revenus secondaires pour assurer la publication d’un titre.

Labo de l'édition éditeurs crowdfundingEnfin, les contreparties doivent correspondre au projet et être correctement hiérarchisées en fonction du don. Il peut s’agir d’un exemplaire papier ou de sa version numérique, ainsi que des « bonus » dérivés du projet.

Communiquer en amont

Pour David Meulemans et son projet Das Kampf, l’absence de communication préalable à la campagne a été préjudiciable. Une campagne réussie est celle qui remporte l’adhésion du public, il faut donc prouver son engagement avant même de lancer l’appel aux dons. Une forte présence sur les réseaux sociaux, dans l’optique d’attirer le deuxième cercle, est primordiale. Pour cela, il faut s’assurer d’un contenu multimédia nécessaire à la communication : vidéos, images, sons pour servir le projet et générer un effet d’attente !

  • Pendant toute la durée de la campagne…

Faire du storytelling

La mise en place effective du projet sur la plateforme est particulièrement encadrée par les CMS des sites. La structure de la page web est normalisée, et l’accompagnement du site peut s’exprimer dans le choix du titre, du texte ou des visuels. Pour Ulule, l’histoire qui s’est tissée autour du projet est la pierre angulaire qui assure le succès d’une campagne. Le storytelling se déploie à travers un plan de communication étendu : dans le cas d’Incarnatis, un site Internet dédié a été créé, ainsi qu’une plaquette papier, des bandes annonces et des comptes sur les réseaux sociaux.

labo de l'édition incarnatis transmediaAssurer un suivi quotidien

De plus, un suivi quotidien est nécessaire pour conserver le dynamisme de la campagne. Accumuler les projets sur le temps d’une campagne est une erreur à ne pas commettre : pour David Meulemans, il a suffi d’un trou d’air d’une quinzaine de jours dans la communication pour perdre l’enthousiasme généré lors de la découverte du projet.

  • Une fois la campagne terminée…

Conserver l’attention et la confiance

La construction d’un dialogue avec ses souscripteurs s’élabore autour d’une confiance mutuelle. En cas de retard (9 sur 10 projets d’édition sur Ulule), il faut informer ses soutiens. En expliquant que sa maison d’édition prendrait en charge la dernière partie de la somme à collecter (pour éviter le risque d’annulation, dit « opération blanche » avec remboursement immédiat des dons), David Meulemans a pu conserver la relation privilégiée avec son public, qu’il mobilise aujourd’hui sur un nouveau projet : DraftQuest,  Manuel pour écrire son premier roman.

DraftQuest Labo de l'editionProfiter d’un effet de levier

La campagne de crowdfunding est un excellent moyen pour l’éditeur de connaître son public avant même la publication d’une œuvre. Un succès sur une plateforme peut peser dans les discussions pour négocier d’autres apports financiers. Elle sert de vitrine, d’échantillon et de lieu d’échange pour le porteur d’un projet innovant ou créatif.

Les limites du système

Se lancer dans l’aventure du crowdfunding éditorial nécessite donc un travail conséquent. Pour autant, les avantages sont nombreux pour les professionnels de l’édition et les auteurs. Longtemps privilégié par les particuliers, le financement participatif est aujourd’hui conquis par les entreprises qui cherchent à limiter les prises de risques financiers. La conquête professionnelle du secteur est à surveiller, même s’il ne s’agit que « d’exemples qui ne font pas système » pour Ulule.

crowdfunding labo de l'édition veronica marsAinsi, aux États-Unis, la campagne de crowdfunding visant à réaliser le film Veronica Mars a récolté plus de 5,7 millions de dollars, alors même que le film est distribué par les studios Warner Bros. Il en va de même pour Spike Lee, qui a récolté 1,4 millions de dollars pour son prochain film. En choisissant Kickstarter, la plus célèbre plateforme de crowdfunding née aux États-Unis en 2009, les deux porteurs de projet ont récolté des dons en échange de contreparties non-financières et conservent ainsi la propriété totale de leurs productions. Les bénéfices de la sortie en salles des deux films appartiennent donc intégralement aux porteurs de projet.

Il s’agit là d’une dérive possible du système de crowdfunding, qui héberge autant de projets propriétaires que d’œuvres sous licence libre. La question du copyright se pose lorsqu’un projet, mené par une entité reconnue et commerciale, joue de sa popularité auprès du public pour lever des fonds en dehors du circuit traditionnel de production, et ainsi minimise les risques de rentabilité faible.

Perspectives d’avenir

A ce sujet, Ulule se veut rassurant. Les projets sont portés par leurs créateurs, et le fonctionnement de la plateforme permet l’autorégulation du système de micro-financements par le public, qui doit pouvoir faire confiance aux acteurs du projet avant d’en devenir le coproducteur. En somme, il s’agit de responsabiliser les porteurs de projets et les souscripteurs sur le bien-fondé d’une campagne. D’expérience, Alexandre Boucherot nous apprend que « les souscripteurs ne sont pas fidèles à une marque, ou une maison d’édition mais fonctionnent au coup de cœur, au projet avant tout ».

Il en va de même pour contrer les critiques sur la qualité des productions et le risque que présente « la loi de la demande guidant l’offre », notamment en matière de politique éditoriale. Le système du crowdfunding repose en grande partie sur des initiés connectés et en attente d’un univers visuel marquant ; pour autant celui-ci ne dessert pas les communautés traditionnelles du livre, puisqu’il permet à des librairies et des œuvres papier de voir le jour.

labo de l'édition libraires crowdfundingLe crowdfunding est une solution pour faire vivre des projets entre passionnés, il introduit un rapport horizontal entre les créateurs et leurs soutiens. C’est une évolution par rapport au système de financement traditionnel des œuvres culturelles qui repose sur les trois paradigmes suivants : celui du micro-financement, permettant une multitude de soutiens ; le pré-financement avant la production d’une œuvre ; la co-création d’un projet qui résulte de l’adhésion de consommateurs à la campagne.

Il s’agit donc pour le Labo de suivre de près les évolutions du financement éditorial participatif, et sa progression dans tous les secteurs du livre.

Clémentine Malgras

Pour en savoir plus sur la propriété intellectuelle et le crowdfunding, l’article de Calimaq.

Pour écouter le podcast de la conférence, https://soundcloud.com/labodeledition/bin-me-dition-et-crowdfunding

Jour 2 et 3 – Libérathon Sésamath

Durant 5 jours, 10 membres de l’association Sésamath sont réunis au Labo de l’édition pour rédiger le livre Sésamath : mode d’emploi dans le cadre d’un libérathon (ou booksprint) organisé par Floss Manuals et soutenu par l’OIF.

Sésamath, association composée d’enseignants bénévoles et salariés, produit depuis 2000 des ressources numériques libres et des manuels scolaires imprimés pour accompagner l’apprentissage des mathématiques.

Le livre rédigé collectivement sur la plateforme Floss Manuals est pensé comme un manuel destiné à tous les enseignants de mathématiques qui souhaitent développer un chapitre local de Sésamath dans l’espace géographique de la francophonie.

affiche-libérathon

La mise en place de procès d’écriture et de réécriture

Le premier jour du libérathon fut consacré essentiellement à la présentation de la plateforme de rédaction, des règles du libérathon et à la définition d’une table des matières.

Au cours des deuxième et troisième jours d’écriture, le procès d’écriture se rode, sous la houlette d’Elisa Castro de Guerra, présidente de Floss Manuals.

La journée est rythmée par 3 réunions de relecture collective ou comités éditoriaux, qui ont lieu chaque jour matin, midi et soir.

Les participants parcourent ensemble la table des matières dans l’ordre du livre et s’arrêtent sur chaque section. Les chapitres fraîchement rédigés sont projetés à l’écran et commentés par leur auteur, qui expose ses partis pris de rédaction et les difficultés rencontrées.

Elisa attribue à chacun la responsabilité d’une « relecture critique » d’un chapitre, la rédaction d’un nouveau chapitre ou la réécriture d’un chapitre incomplet ou à retravailler.

Le travail est réparti entre les experts de Sésamath en fonction de leur connaissance de tel ou tel projet de l’association et de leur expérience au sein de l’association.

Après chaque réunion de comité éditorial, les rédacteurs se dispersent au sein du Labo de l’édition. Ainsi, le libérathon alterne des temps de conception collective et des temps d’écriture solitaire. « Comme Sésamath en somme », plaisante Sébastien Hache, le président de l’association.

Une discussion animée sur le texte projeté à l'écran
Une discussion animée sur le texte projeté à l’écran

Le ballet de la relecture collective

Elisa coordonne l’ensemble du procès d’écriture et de relecture. Elle note tout sur un carnet et sait à chaque instant à quoi est occupé chacun des participants.

Les novices qui participent au libérathon, c’est-à-dire les personnes qui ne connaissent pas ou peu l’activité de Sésamath, ont la mission de relire l’ensemble des textes sur la plateforme, et de corriger directement coquilles et orthographe.

Il y a donc deux niveaux de relecture :

–          La relecture critique, qui concerne la structure du livre, le traitement des différents sujets – le contenu en somme. Les experts ont le point de vue le plus informé, mais les débutants peuvent contribuer en signalant la nécessité de clarifier tel ou tel point qui n’est pas évident à une personne qui ne connaît pas Sésamath.

Sésaprof, par exemple, est un terme familier aux rédacteurs puisqu’il s’agit du nom de l’espace en ligne réservé aux enseignants utilisateurs de Sésamath, mais jargon dont la signification est inconnue à n’importe quel novice.

–          La relecture formelle, qui concerne la mise en forme du texte et l’orthographe.

Certaines règles de présentation sont soumises à consensus : l’insertion des url dans un  texte qui sera publié à la fois en numérique et sur papier, l’utilisation du gras et des italiques, l’écriture des chiffres, l’utilisation des majuscules.

Un participant non expert de Sésamath mais habitué des libérathons et pointu sur les questions de mise en forme corrige les textes à distances sur la plateforme tout au long du week-end. Merci Goofy !

L'espace d'écriture sur la plateforme de Floss Manuals
L’espace d’écriture sur la plateforme de Floss Manuals

Harmoniser la structure du livre

Dimanche soir, au terme d’une journée et demie d’écriture intensive à 20 mains (et 10 cerveaux), les contours du livre commencent à se définir nettement. Tous les chapitres définis en début de sprint sont rédigés totalement ou en partie. Des disparités apparaissent entre les sections du livre.

Certains chapitres sont difficiles à rédiger. Les symptômes de l’angoisse de la page blanche ont saisi les rédacteurs du chapitre consacrés aux supports de diffusion ! Attention : s’il est possible de supprimer certains chapitres, prévient Elisa, il n’est pas possible d’en rajouter.

D’autres sujets ont au contraire inspiré les rédacteurs, trop peut-être ? Le chapitre dédié à l’historique, que réclament depuis longtemps les curieux, comprend 20 pages, 10 fois plus que celui consacré aux licences !

Le libérathon comme temps de débat

La rédaction collective d’un livre suscite le débat sur l’objet du livre, l’association Sésamath même  –toujours dans le respect des positions de chacun.

Chaque comité éditorial en dépit de sa convivialité cristallise l’antagonisme des points de vue sur des sujets de controverse :

–          L’historique : avec quel degré de détail l’histoire secrète de Sésamath doit-elle être exposée dans un livre ? Est-ce qu’elle ne devrait pas plutôt être publiée dans le wiki de l’association ?

–          L’accès aux ressources de Sésamath : paradoxe, les ressources sont libres mais pas toutes accessibles.

–          Les spécificités locales : comment adapter Sésamath, association qui s’est construite dans le contexte juridique et économique français, à la Belgique, à la Suisse, et au-delà, aux pays africains ? Cet aspect central à la rédaction, point de départ de l’idée d’un livre-mode d’emploi sur Sésamath, est souvent rappelé par Gabriel (enseignant en Suisse) et Brigitte (enseignante en Belgique).

–          Les manuels numériques : quels choix technologiques favoriser ? Quels choix technologiques s’imposent de façon réaliste, en fonction des ressources de l’association ?

Sésamath est un projet vivant, qui évolue constamment. Rendre compte de sa réalité dans un livre est un exercice difficile, qui révèle la diversité des personnalités qui animent l’association, le caractère organique de son développement, et l’incertitude sur les futures orientations, qui seront – c’est certain – décidées collectivement et librement.

Cependant, les livres publiés sur Floss Manuals ne sont jamais figés. Ils peuvent à tout moment être amendés et corrigés par un rédacteur expert ou non expert, ayant participé ou non au libérathon. C’est là tout le sens d’une telle plateforme d’écriture, publication, lecture et remixage.

Jour 1 – Libérathon Sésamath

Un libérathon sur Sésamath ?

11 participants réunis 5 jours au Labo de l’édition pour rédiger un livre sur Sésamath ? C’est le pari de ce libérathon (version francisée du terme booksprint) organisé par l’association Floss Manuals avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Sésamath est une association de professeurs de maths qui créent des ressources libres et gratuites pour l’enseignement des mathématiques.

L’ambition du libérathon est de créer une documentation sur Sésamath, avec pour objectif de faciliter la diffusion des méthodes de création de ressources pédagogiques libres, notamment en Afrique de l’Ouest où les enseignants ont rapporté à l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) un manque de manuels scolaires.

La page d'accueil du site de Sésamath
La page d’accueil du site de Sésamath

Les participants : des enseignants membres de Sésamath

Samedi matin au Labo de l’édition. Les participants arrivent des 4 coins de la France et même au-delà, de Madrid, de Belgique, de Suisse, où des associations Sésamath sont en voie de structuration.

Elisa de Castro Guerra, présidente de l’association Floss Manuals, invite les participants à se présenter. C’est la première étape indispensable pour travailler ensemble. Sésamath comprend 18 067 professeurs inscrits au réseau interne, tous ne se connaissent pas :

Brigitte De Coninck est présidente de Sésamath Belgique, Professeur de mathématique à Bruxelles.

Gabriel Thullen est président de l’association Sésamath Suisse, enseignant en mathématique et informatique à Genève.

Sébastien Hache est fondateur de Sésamath, en charge de la communication et de l’édition pour Sésamath en France.

Katia Hache est professeur de mathématique en France, et s’occupe de la question des manuels scolaires et des cahiers d’exercice.

Jean-Philippe Vanroyen est enseignant, salarié de l’association en charge du développement et suivi du projet j3p.

Gilles Bougon est secrétaire de Sésamath, participation à la rédaction des manuels collège et des cahiers.

Cyrille Largillier est instituteur en France, participation au cahier CM2.

Olivier Pontini est professeur de mathématiques au lycée français de Madrid, et participe aux manuels de 3ème, 6ème et 2de.

Cédric Gémy est trésorier de l’association floss manuals francophone, enseignant, graphiste, développeur web, auteur. Sa collègue Elisa de Castro Guerra, présidente et facilitatrice de l’association floss manuals francophone, enseignante, graphiste, auteur a coordonné de nombreux libérathons auxquels il a participé.

Camille Pène, responsable de l’animation du Labo de l’édition, est présente pour accueillir l’événement.

Au cours des présentations, la diversité des profils se dessine. Certains membres anciens ou fondateurs connaissent mieux Sésamath, son historique et le nombre croissants de nouveaux projets, tandis que d’autres, notamment les Belges et les Suisses en attente de bonnes pratiques, ont la distance nécessaire à une vue synthétique de l’ensemble du sujet.

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Les participants au Libérathon

Présentation de la plateforme Floss Manuals

La deuxième étape clef du déroulement est la présentation de la plateforme Floss Manuals, qui permet à la fois l’écriture, la publication et la lecture du livre http://fr.flossmanuals.net/

L’onglet LIRE de la plateforme comprend les livres déjà publiés, présentés par rubriques : Culture libre, Graphisme, Interactivité, Internet, Cartographie, Audio, Langage, Vidéo, Gestion de Contenus, Floss Manuals. Le livre Sésamath doit s’inscrire dans une catégorie. La discussion est ouverte, peut-être Culture libre est-elle la catégorie la mieux adaptée ?

Les participants sont invités à se rendre dans l’onglet ECRIRE et à créer un compte pour accéder à la partie de la plateforme qui permet la création et l’édition de texte via le logiciel d’édition BOOKI.

Des blocs permettent de constituer facilement la structure du livre, qui s’organise par sections, elles-mêmes constituées de chapitres.

Toute personne qui possède un compte sur Floss Manuals pourra intervenir sur l’ensemble des parties du livre, et même le compléter et le mettre à jour au-delà de la fin des 5 jours de rédaction collective. Il est même possible de convoquer – virtuellement – un expert, pour compléter la rédaction sur un point précis.

Les livres sont publiés numériquement sur la plateforme, sous licence libre GPL, ou éditée en version papier à la demande, vendus au prix de 7€.

La plateforme Floss Manuals
La plateforme Floss Manuals

Les règles du Libérathon

Elles sont peu nombreuses, c’est pourquoi il est d’autant plus important de les respecter :

Communiquer – dès que la rédaction bloque, il faut en parler !

Ecouter – lors des points d’étape, fermons l’ordinateur, éteignons les téléphones, et écoutons !

Chacun est libre de faire une pause quand il en a besoin.

Imaginer des persona

A qui s’adresse le livre sur Sésamath ? S’attarder sur le profil des lecteurs cible permet d’élucider de nombreuses petites questions à venir. Deux persona – ou lecteurs idéaux – sont imaginés :

Jeune enseignant de mathématiques en France, Dominique, 30 ans. A entendu parler de Sésamath via un collègue ou un manuel dans son casier ou durant sa formation initiale.

Enseignant francophone, Sénégalais, 45 ans, Homme, Mamadou. Dans une démarche de collaboration avec des collègues sur du contenu pédagogique, avec une relation ambivalente à l’égard de l’institution. Motivation profonde : faire quelque chose que l’institution ne fait pas !

Les persona sont dessinées avec précision : il est plus facile de destiner un livre à des profils précis qu’à un public général.

Définir la table des matières du livre

L’objectif d’Elisa est d’amener les participants à s’accorder sur une table des matières détaillée avant le déjeuner.  Le livre – nous l’avons vu – est divisé en sections : Introduction, A propos, Production de ressources, Utilisation et diffusion des ressources, Conclusion. Chacune de ces parties comprend elles-mêmes plusieurs chapitres. Seules deux personnes peuvent intervenir sur un chapitre, dont la taille doit être bien calibrée.

Elisa garde la trace de la recherche d’idées et du mouvement de la pensée collective sur une carte heuristique sur FreeMind.

A 13h30, c’est l’heure du déjeuner : il est temps de figer les intitulés de la table des matières pour répartir le travail de rédaction.

La carte heuristique sur freemind
La carte heuristique sur freemind

La rédaction : « Faire connaître pour éviter la méconnaissance »

Après le déjeuner, chacun s’attribue un chapitre à rédiger, en fonction de son expertise.

La journée file vite ! Il va falloir tenir le rythme.

Le soir : distribution des tâches d’écriture et de relecture

18h : tout le monde se réunit en salle de réunion. Les parties du livre rédigées sont projetées au mur, et Elisa demande à l’auteur de commenter sa rédaction et ses partis pris. Quelqu’un doit ensuite se désigner pour relire ce passage. En fin de journée, chacun connait son programme du lendemain – la relecture critique d’une partie rédigée la veille, et la rédaction d’un nouveau chapitre.

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Les startups de l’édition ouvraient leurs portes au public parisien

Les 10, 11, 12 octobre 2013, plus de 300 startups ouvraient  leurs portes au grand public. L’événement organisé par Paris Région Lab et la Ville de Paris était l’occasion d’aller à la rencontre de l’innovation parisienne dans plus de 30 lieux différents.

Le parcours des Portes ouvertes des startups parisiennes
Le parcours des Portes ouvertes des startups parisiennes

Les startups de l’édition présentes au sein de l’incubateur Nouveaux Médias Rue des Haies (Paris 20e) ont animé 3 ateliers consécutifs avec des collégiens le jeudi 10 octobre, tandis qu’au Labo de l’édition (Paris 5e), les startups de l’édition jeunesse recevaient un public mélangé de professionnels et d’enfants amateurs de lecture numérique pour des démonstrations autour d’un goûter le samedi 12 octobre.

Un atelier « Créé ton magazine enrichi » proposé aux scolaires à l’incubateur Nouveaux Médias

Jeudi 10 octobre, les startups Draft Quest, avec son logiciel d’aide à l’écriture d’articles, Madmagz, qui permet à chacun de réaliser simplement des magazines web, PDF ou papier, et  ONprint, qui propose de l’enrichissement de contenus, se sont relayés pour animer successivement l’atelier «  Crée ton magazine enrichi « .

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L’incubateur Nouveaux Médias (Paris 20e)

Les élèves de troisième du Lycée Professionnel Régional Abbé Grégoire répartis en 4 groupes de trois, ont passé 3h, par tranches de 1h, avec les startups pour imaginer et réaliser leur magazine.

Visiblement réticents, en début de séance, à l’idée de rédiger un contenu, les collégiens se sont pris au jeu grâce au talent de David Meulemans (DraftQuest) qui a réussi à les amener à produire des textes de leur cru.

Chaque groupe a produit, grâce à l’outil Draft Quest,  3 courts chapitres qui ont été ensuite intégrés dans l’outil de création de magazine Madmagz. Là, ils ont pu illustrer leur texte à l’aide d’images libres de droit recherchées sur Google, et le mettre en page, produisant ainsi en commun un magazine de 9 pages (Constitué de la couverture  et de 2 pages réalisées par groupe).

La dernière étape consistait à utiliser la solution d’enrichissement d’ONprint leur permettant de créer des liens entre les pages du magazine et des ressources du Web (vidéos, pages wikipédia, pages de sites internet…).

Pete Pierce d'ONprint présente le fonctionnement de la sa technologie aux collégiens
Pete Pierce d’ONprint présente le fonctionnement de la sa technologie aux collégiens

David Meulemans, éditeur, président des éditions Aux Forges de Vulcain et fondateur de DraftQuest décrit ainsi la séquence d’utilisation de DraftQuest par les collégiens :

« Dès leur arrivée, les collégiens ont commencé à écrire, en utilisant DraftQuest. Répartis en quatre groupes de trois, ils avaient cinq minutes pour écrire le début d’une histoire, en s’inspirant de visuels générés de manière aléatoire par l’interface DraftQuest. Au bout de cinq minutes, chaque groupe a lu son début d’histoire. Ce fut un moment d’émerveillement et d’hilarité. Emerveillement car ils furent tous étonnés d’avoir réussi à écrire, eux qui avouaient cinq minutes plus tôt ne jamais écrire. Hilarité, car, bien que partis des mêmes visuels, ils étaient partis dans quatre directions complètement différentes: roman policier, roman d’horreur, roman d’espionnage, saga familiale. Nous recommençâmes deux fois. Au bout d’une heure, nous avions quatre histoires, tirées de leur imagination. »

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David Meulemans (DraftQuest) lors des Journées portes ouvertes des startups

Nicolas Rodelet, responsable de l’incubateur,  a assisté à l’ensemble de l’atelier et rapporte que les élèves ont été très stimulés et motivés par l’expérience. Les deux enseignants présents  ont confirmé l’intérêt pédagogique de cette expérience  qui leur a donnée des idées pour des activités au sein du lycée.

Les élèves sont repartis chacun avec en cadeau « Le dictionnaire pittoresque du collège » offert par les éditions Aux Forges de Vulcain (Draft Quest).

Les enseignants ont pris date avec Madmagz pour se revoir et envisager l’utilisation de la plate-forme au sein du lycée.

ONprint a proposé aux enseignants d’imprimer les magazines produits par les élèves  après un petit travail de corrections orthographiques qui devrait être encadré par les enseignants.

A suivre au Salon de Montreuil : le concours de nouvelles enrichies #JEDI13

En conclusion de l’atelier, ONPrint et DraftQuest ont annoncé aux collégiens le concours #JEDI13 fruit de la coopération entre les deux sociétés, destiné aux collégiens et lycéens de toute la France a avec pour but de réaliser une nouvelle et des contenus enrichis.

Les collégiens et lycéens pourront compter sur le soutien de Draftquest pour composer et organiser le scénario de leur nouvelle, et c’est à l’aide de la plateforme ONprint qu’ils pourront enrichir les visuels composant leur nouvelle (de 4 à 8 pages).

Les élèves (forts de leur toute nouvelle expérience « d’auteur ») se sont montrés très motivés pour participer et les enseignants sont repartis avec un jeu d’affiches pour communiquer au sein du lycée.

Le concours #JEDI13 pour les collégiens et lycéens
Le concours #JEDI13 pour les collégiens et lycéens

L’édition jeunesse : de l’écrit à l’écran

Au Labo de l’édition, les startups de l’édition jeunesse de l’incubateur s’étaient réunies pour présenter leur démarche à un public de professionnels curieux des innovations en matière de contenus interactifs, de technologies et de modèles économiques, et d’enfants impatients de tester les applications –  mais remarquablement sages !

Webdokid,  Cylapp et L’Apprimerie, ont présenté dans un premier temps leur activité et leur modèle lors d’une table-ronde. Dans un deuxième temps, le public fut invité à tester les applications sur leurs stands répartis au sein du Labo de l’édition.

Webdokid développe des webdocumentaires pour les enfants, sur le thème de la découverte du monde, sous forme d’applications éducatives et divertissantes, à télécharger sur tablettes tactiles et smartphones.

Audrey Hellara, la fondatrice de la société, a raconté comment l’idée de développer des histoires interactives pour enfants lui était venue alors qu’elle était expatriée en Chine pour ses études en école de commerce, de l’envie de raconter à son filleul Lucas ses voyages et partager avec lui sa passion des cultures étrangères. Ainsi est née la collection dédiée aux aventures de Luka, dont le dernier opus est Luka et les copains du Pôle Nord.

Audrey Hellara (Webdokid) pendant la table-ronde "Édition jeunesse : de l'écrit à l'écran"
Audrey Hellara (Webdokid) pendant la table-ronde « Édition jeunesse : de l’écrit à l’écran »

Sandie Le Blach, son associée, professeure des écoles, était présente à ses côtés pour animer le stand de Webdokid où se sont massés les enfants qui ne se lassaient pas de jouer avec les aventures de Luka au Brésil et au Groenland.

Sandie Le Blach co-fondatrice de WebdoKid, au Labo de l'édition
Sandie Le Blach co-fondatrice de WebdoKid, au Labo de l’édition

Cylapp est une plateforme de création et de publication d’histoires numériques pour tablettes à destination des auteurs et illustrateurs jeunesse. L’interface en ligne permet de créer des histoires interactives liant livres numériques, interactions et utilisation des possibilités proposées par les tablettes. Les histoires sont disponibles dans une bibliothèque numérique regroupant toutes les histoires créées depuis la plateforme. Un site communautaire permet aux auteurs et illustrateurs de se faire connaitre, de promouvoir leurs oeuvres et de collaborer.

Cylapp permet aux maisons d’édition de posséder leur propre bibliothèque composée des histoires numériques dont ils ont les droits de diffusion.

Estelle Courdoisy et Audrey Wermeister ont fondé leur entreprise Smoon Digital au sortir de l’école des métiers de l’internet HETIC, après avoir posé les prémisses de Cylapp dans le cadre de leur projet de fin d’études.

Elles ont notamment présenté leur application ludique et pédagogique sur Napoléon, réalisée avec Digischool qui a semble-t-il su gagner la faveur des enfants présents.

La plateforme Cylapp sera disponible en plusieurs langues : les deux fondatrices ont insisté sur la nécessité de s’internationaliser car le marché du livre numérique est beaucoup plus développé à l’étranger.

L'application Napoléon - histoire et jeux par Cylapp et Digischool
L’application Napoléon – histoire et jeux par Cylapp et Digischool

L’Apprimerie est une maison d’édition interactive jeunesse et un studio de création éditoriale numérique, qui a choisi de s’inscrire dans la tradition du livre d’artiste et des typo-poèmes. Leurs réalisations, notamment Voyage au centre de la terre, témoignent de l’exigence poétique et de la rigueur formelle que les dirigeantes de la startup attachent à tous leurs livres animés.

Les 3 principes qui guident leurs réalisations de livre interactif sont l’animation typographique, la mise en page interactive, la lecture interactive.

Au public des portes ouvertes, Julie Guilleminot et Karine Duperret ont dévoilé en avant-première la plus récente réalisation du studio de création en collaboration avec les éditions Julliard. La version animée du roman Les choses de George Perec paraîtra en novembre 2013.

Le roman animé Les Choses de George Perc, une collaboration entre l'Apprimerie et Julliard
Le roman animé Les Choses de George Perec, une collaboration entre l’Apprimerie et Julliard

Lors de cette deuxième édition des Portes ouvertes des startups parisiennes, le grand public a donc pu témoigner de la vitalité et de la créativité des acteurs émergents du secteur de l’édition.

Retrouvez toutes les photos des Portes ouvertes des startups parisiennes ici !

Naïma (Labo de l'édition) accueillait le public des Portes ouvertes avec du pop corn !
Naïma (Labo de l’édition) accueillait le public des Portes ouvertes avec du pop corn !