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Le co-publishing : entre édition et autoédition, une troisième voie ?

Qu’est-ce que le co-publishing ? 

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Depuis quelques temps, l’industrie de l’édition décide de capitaliser sur les bonnes pratiques de l’autoédition (ou auto-édition). Facilitée par la numérisation et de plus en plus répandue, elle consiste pour un auteur à prendre lui-même en charge l’édition de ses ouvrages, sans passer par l’intermédiaire d’une maison d’édition.

Grâce à des services d’impression ou de numérisation et diffusion en ligne, l’auteur peut produire un livre facilement et à moindre coût. De  nombreux sites proposent des services d’auto-publication, comme Lulu, une plateforme française « à l’américaine » de libre publication, d’impression et de vente de livres imprimés à la demande, ou encore Autres talents, un espace d’édition et d’impression en ligne, par exemple. Mais de grands acteurs du commerce électronique – le Kindle Direct Publishing (KDP) d’Amazon ou le Kobo Writing Life de la Fnac, par exemple – proposent également des services d’autoédition.

Partout dans le monde, de nombreux auteurs autoédités témoignent du succès de cette pratique :

  • Le français David Forrest, qui a vendu plus de 10 000 livres numériques auto-édités, a trouvé, avec la maison d’édition Meme Publishers, un accord d’édition et de traduction numérique à l’international en langues anglaise et italienne sur la nouvelle « Le Tunnel ».
  • L’américaine Amanda Hocking vend environ 100 000 exemplaires auto-édités par mois sur le Kindle Store (Amazon), variant en moyenne entre 0,99 et 3 $.
  • Kerry Wilkinson, un journaliste sportif britannique, est une des plus célèbres plumes autoédités du Royaume-Uni. En 2011, il annonçait avoir déjà vendu plus de 250 000 ebooks en six mois. Kerry Wilkinson a signé avec la maison d’édition Pan Macmillan.

Ces quelques exemples reflètent à juste titre l’intérêt grandissant des maisons d’édition traditionnelles à l’égard de ces pratiques d’autoédition de la part d’auteurs ayant atteint une forte notoriété via une autopromotion sur les réseaux sociaux.

Avant l’apparition des livres numériques, l’autoédition, qui pourrait englober l’édition traditionnelle et l’édition à compte d’auteur, avait une assez mauvaise réputation car elle était liée à un certain amateurisme. Le co-publishing, concept inventé par Marcello Vena, directeur du développement numérique chez RCS Libri, le co-publishing désigne un modèle économique qui repose sur une complémentarité entre le secteur traditionnel de l’édition et l’autoédition.

Un nouvel « objet-frontière » 

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La première expérimentation de co-publishing est l’opération You Crime, organisée sous forme d’un concours en juillet 2013 : des auteurs autoédités et de jeunes auteurs en devenir ont eu la possibilité d’être publiés en numérique par la maison d’édition Rizzoli. En contrepartie du travail d’édition, de production, de publication et de commercialisation des ebooks assurés par cette dernière, les auteurs sélectionnés ont été tenus d’assurer la promotion de leurs œuvres sur les plateformes d’autoédition et les réseaux sociaux. La démarche de You Crime  tient à une volonté d’optimiser les forces de l’édition traditionnelle et l’agilité de l’autoédition numérique.

Une démarche partagée 

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Si le concept du co-publishing est nouveau, cette démarche de co-promotion entre acteurs de l’édition et nouvelles plumes du numérique n’est pas nouvelle. De nombreux exemples, en France notamment, reprennent le même format et concept du concours de talents classiques et numériques :

  • Place des éditeurs (groupe Editis), en partenariat avec Kobo by Fnac dans le cadre de l’évènement Nos auteurs ont du talent, invitait les 200 000 lecteurs et passionnés de la Fnac à participer au concours se tenant du 15 juillet au 31 octobre 2013. Un concours traditionnel en somme, mais pas de livre papier ici, tout au format numérique.
  • Welovewords, une communauté d’auteurs-rédacteurs en ligne, qui peuvent proposer des publications lors d’opérations organisées par des éditeurs traditionnels : Harlequin HQN, Neowood Editions, Editions Intervalles, Edicool, etc.
  • Delitoon, le premier portail européen entièrement dédié à la bande dessinée digitale et un espace de repérage d’auteurs et lieu de découvertes pour les lecteurs.
  • Authonomy par Harper Collins, une plateforme communautaire d’auteurs qui met en relation lecteurs, auteurs et éditeurs.
  • Book Country par Penguin Random House, une communauté d’écrivains et plateforme de publication et de promotion en ligne.
  • Douban Read, une plateforme chinoise collaborative et conviviale, lancée en mai 2012 par Douban Book. Les lecteurs ont été invités, au cours de l’été 2013, à participer à un projet collaboratif pour traduire les histoires du romancier David Mitchell.
  • eYeka, une plateforme de rencontres entre créateurs et marques et de co-création, qui propose de générer de la promotion et de toucher le public le plus large possible via les réseaux sociaux.

Le co-publishing : une alternative économique viable ? 

Comment appliquer ce business model de co-publishing à différents genres et domaines littéraires ? Quelles sont les conséquences sur la littérature, sur la culture, sur la pratique même de l’écriture? La niche semble pourtant prometteuse : ce n’est pas un hasard si un des best-sellers de ces dernières années en Allemagne est un livre de cuisine, intitulé Vegan cooking. Autoédité chez l’allemand Books on Demand (BoD), leader européen de ce créneau, l’œuvre a été téléchargé près de 20 000 fois pour chacun de ses quatre volumes depuis 2009, puis vendu à 100 000 exemplaires par l’éditeur traditionnel BJVV.

Ce nouveau chemin éditorial à multiples facettes et ressources s’impose dans l’écosystème du livre, se traçant à mi-chemin entre acteurs traditionnels et autoédition numérique. A l’heure où les acteurs du numérique semblent causer préjudice aux éditions traditionnelles qui avaient jusque-là le monopole pour la « captation de talents », le co-publishing se propose comme une alternative bien pensée.

Pour aller plus loin…

Sur le co-publishing :

Now here is an expriment that looks like it worked and is worthy of replication, The Idea Logical Company, 31/10/2013

Co-publishing : the third way between traditional publishing and self publishing ?, Future Book, 21/10/2013

Book Country : developing authors and audiences, Forbes, 28/07/2013

Penguin’s Book Country to relaunch, The Bookseller, 23/07/2013

Concours d’écriture : Nos lecteurs ont du talent, Actualitté, 16/07/2013

Quelques plateformes de publication en ligne :

http://www.imprimermonlivre.com/

http://www.auto-edition.pro/

http://www.laboiteamots.eu/

http://www.jepublie.com/

http://autres-talents.fr/

A propos de l’autoédition :

L’auto édition : la fin du tabou, Le Huffington Post, 15/11/2013

Quand l’auto-édition bouscule l’édition traditionnelle, Le Figaro, 11/10/2013

Quand s’auto-éditer est plus intéressant qu’une offre d’Amazon Publishing, L’Express, 08/08/2013

La tendance croissante de l’auto-édition, Economie-numerique.net, 10/05/2013

Why self-publishing is no longer a vanity project, The Guardian, 26/08/2012

Kobo Writing Life : la plateforme d’auto-édition s’ouvre au public, Cnet France, 17/07/2012

L’auto-édition fait ses comptes, Blue Moon, 11/06/2012

How freemium self-published fiction is taking over China, Publishing Perspectives, 01/11/2011

Quelques réflexions sur l’auto-édition, Edicool, 17/06/2011

Au programme du Labo de l’édition :

Mardi 10 décembre 2013 (conférence en anglais)

– 19h : Présentation de Marcello Vena, directeur du développement numérique chez RCS Libri, un des plus grands groupes d’édition européens, basé à Milan, dont font partie les maisons d’éditions Rizzoli, Bimpiani et Fabbri Editori

– 19h30 : Echange avec Jean Arcache, Président-Directeur Général de Place des Editeurs

– 20h : Cocktail